Macron annonce des ordonnances pour améliorer les revenus des agriculteurs

Le président veut lancer «une nouvelle France agricole».

Emmanuel Macron a annoncé mercredi qu'il légiférerait par ordonnances pour rééquilibrer les contrats commerciaux entre agriculteurs et distributeurs, à condition qu'ils réorganisent leurs filières de production, dans un discours très attendu visant à augmenter le revenu des paysans en crise.

«Nous modifierons la loi pour inverser la formation du prix qui partira du coût de production», a déclaré le chef de l'Etat à mi-parcours des Etats généraux de l'alimentation, à Rungis (Val-de-Marne).

«Une nouvelle France agricole»

L'ambition du président est de trouver les moyens de mettre un terme à la paupérisation de la profession agricole, tout en répondant à la forte nécessité de transformation du secteur pour répondre aux attentes sociétales et environnementales des Français. «Nous devons repenser collectivement une nouvelle France agricole» a lancé M. Macron aux agriculteurs, industriels, distributeurs et élus réunis sur le marché de gros de Rungis.

La loi devrait être présentée et adoptée via des ordonnances au premier semestre 2018, a dit M. Macron, en souhaitant une «transformation profonde» du secteur, et en exigeant que chaque filière de production agricole (lait, viande, céréales, etc..) lui présente «d'ici la fin de l'année» sa «stratégie». «Nous ne devons pas avoir une approche uniforme», il continuera d'y avoir une «pluralité productive», et des «dynamiques régionales» qui doivent rester fortes, a-t-il ajouté en citant le bio, les labels, les régions, et notamment les «territoires ultramarins», qui seront «accompagnés» dans cette transformation.

«Je souhaite que la distribution et les industriels participent» à ce travail, a-t-il précisé. Les «contrats de filière» ainsi bouclés serviront aussi de base à la position de la France pour bâtir la future Politique agricole commune (PAC) européenne, qui doit voir le jour après 2020, a-t-il dit.

Sur le plan technique, la décision de relever le seuil de revente à perte (SRP) de la grande distribution, très attendue par les agriculteurs, dépendra du bouclage des stratégies de chaque filière. Le seuil de revente à perte est le prix minimum en dessous duquel les distributeurs n'ont pas le droit de vendre.

50% de produits bio d'ici à 2022 en restauration collective

Le président a réaffirmé son engagement de campagne d'atteindre «50% de produits bio ou locaux d'ici 2022 en restauration collective», un objectif qui va permettre de modeler, selon lui, les schémas de production en France et relancer l'agriculture et l'agroalimentaire. «Vous devez vous organiser dans les territoires pour changer les modèles productifs», a-t-il dit.

Ce changement de paradigme passe par un arrêt de certaines productions, qui ne correspondent plus au goût des consommateurs et ne s'inscrivent pas dans la concurrence internationale.

Emmanuel Macron s'est engagé à clarifier le droit à la concurrence, les agriculteurs étant tétanisés par le risque d'être accusés d'entente commerciale comme c'est arrivé par exemple pour «le cartel des endives». Il a aussi cherché à rassurer les éleveurs et producteurs de viande bovine, inquiets des négociations commerciales en cours avec les pays du Mercosur en Amérique Latine, en indiquant que selon lui cette négociation ne pouvait pas aboutir sur la base d'un mandat donné en 1999.

À l'adresse des associations de consommateurs, il s'est engagé à ce que le Ceta, l'accord de libre échange conclu entre l'UE et le Canada et entré provisoirement en application le 21 septembre, respecte les normes européennes de santé et d'environnement.

Sur l'herbicide glyphosate, il s'est engagé à ne pas laisser les agriculteurs «sans solution», mais a réaffirmé l'objectif de «transformer le modèle agricole dans lequel nous nous sommes enferrés» et qui «n'est pas durable».

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