«Sous les pavés la plage», «Il est interdit d’interdire»... les slogans phares de mai 68

Graffiti dans la ville de Menton (Côte d'Azur).[Wikimedia]

En mai, la France fêtera le cinquantenaire de la grève générale et des manifestations du mois de mai 1968. Retour sur ces slogans qui ont marqué le mouvement de protestation des étudiants et ouvriers.

Contre le gouvernement, le patriarcat, la police et les médias, les manifestants de 1968 ont élaboré des slogans percutants qui ont traversé les années jusqu'à devenir des mantras, tagés dans les rues et encore criés dans les manifestations actuelles.

«Sous les pavés la plage»

L'expression apparait dès les premières barricades. Les manifestants démantèlent les voies de circulation, faites de pavés, pour les lancer sur les CRS. 

À l'époque, Bernard Cousin était étudiant en médecine et travaillait dans une agence de pub. Avec le publicitaire Bernard Fritsch, ils réfléchissent à un slogan, nécessairement percutant, plutôt poétique, qui pourrait être répliqué en graffiti sur tous les murs de la capitale. 

Devenu docteur à Tours, le manifestant repenti raconte dans son livre «Pourquoi j'ai écrit "Sous les pavés la plage"», que les deux copains s'étaient d'abord entendus sur la formule «Il y a de l'herbe sous les pavés». Il se mettront finalement d'accord pour remplacer l'herbe par la plage, écrit au feutre rouge sur une feuille de papier. Une virgule y est finalement rajouté au stylo bleu, pour donner du rythme.

Bernard Cousin raconte que son compère publicitaire aurait bombé le slogan plus de 100 fois sur les murs de Paris.

«Il est interdit d’interdire»

La légende attribue le célèbre slogan, «il est interdit d’interdire», à Jean Yanne. Pendant les événements de 68, l’humoriste était plutôt en phase avec ceux qui jettent des pavés sur les CRS, sans pour autant manquer une occasion de se moquer d'eux. Jean Yanne aurait lancé cette boutade sur le ton de la dérision à la radio, lors d’une de ses émissions au printemps 1968. Néanmoins, aucune trace de cet sortie en direct n'est disponible. 

Or, dans les archives de l'INA, on retrouve la phrase de cet aphorisme dans la bouche de l'un des leaders du mouvement. Alain Geismar, secrétaire général du Syndicat national de l'enseignement supérieur. Il prononce la phrase pour contrer une éventuelle interdiction de manifester. 

«CRS = SS»

Si la référence aux troupes de l’Allemagne nazie choque dans la France de mai 68, l'expression «CRS = SS» trouverait plutôt son origine dans la France d'après-guerre. On retrouve la formule dans un court-métrage réalisé par la CGT qui relate les manifestations de 1948

Les grèves de mineurs de l'automne 1948, à l'initiative des communistes et de la CGT, sont marquées par une répression d'une violence inouïe de la part des CRS. On dénombre plusieurs morts dans les rangs des grévistes. L'action brutale des forces de l'ordre est ordonnée par le ministre de l'Intérieur, Jules Moch, un socialiste plutôt autoritaire, qui aurait même chassé les jeunes communistes parmi ces CRS, manifestement peu confiant sur leur loyauté. 

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Les méthodes militaires, l'utilisation des armes et le contexte anticommuniste de début de guerre ont alimenté la comparaison avec «l'armée boche», seulement quatre ans après la Libération.

«La chienlit c'est lui»

Le mot «chienlit», qui signfie désorde, anarchie sociale ou mascarade, a disparu du vocabulaire courant quand il fait son apparition dans l'histoire politique. Ce slogan emblématique de la contestation du pouvoir politique est issue d'une allocution du représentant même de l'executif. 

Selon le premier ministre de l'époque, Georges Pompidou, le président Charles de Gaulle aurait inauguré une réunion ministérielle le 19 mai 1968 par cette formule lapidaire : «La réforme oui, la chienlit non !»

Le même jour, l'expression est reprise par le mouvement de protestation et aussitôt placardée sur les pancartes brandies par les manifestants. Sur l'affiche, le général de Gaulle, est facilement reconnaissable à son képi, telle une marionette levant les bras, rappelant le symbolique V de la victoire. 

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Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

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