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La semaine de Philippe Labro : l'imagination sans bornes, la vérité sans frontières

Le beau premier livre d’Isabelle Carré, Les rêveurs (Grasset), est une révélation par la vertu d’un style à la fois sincère et limpide autant que littéraire, c’est-à-dire poétique et plein de grâce. [AFP]

Philippe Labro est écrivain, cinéaste et journaliste. Chaque vendredi, pour CNEWS Matin, il commente ce qu'il a vu, vécu et observé pendant la semaine. Un bloc-notes subjectif et libre.

Une semaine éparpillée entre plusieurs sujets. Si on les passe en revue, on s’aperçoit qu’ils ont un point en commun.

MERCREDI 14 MARS

Les Jeux paralympiques. Les Français, ou plutôt les Françaises, font des exploits. Même si France Télévisions assume, avec talent, sa tâche de retransmettre une bonne partie de ces extraordinaires Olympiades, on n’en parle pas assez.

Je reste admiratif devant ces images de femmes et d’hommes handicapés – une jambe, un bras ou une autre partie du corps – qui, néanmoins, dévalent les pistes à des vitesses impressionnantes, parviennent à faire oublier leur condition et accèdent à ce pur bonheur d’avoir gagné, d’avoir vaincu. Les Jeux paralympiques ? C’est la plus belle illustration de la volonté et du courage.

JEUDI 15 MARS

Nous remettons le prix RTL-Lire à l’occasion du salon Livre Paris 2018, ce soir, Porte de Versailles. La sélection du jury – que j’ai le plaisir de présider – avait retenu cinq livres, dont quatre signés par des femmes. Les romans ont été proposés à une série de libraires qui, eux-mê­mes, les ont soumis à leurs lecteurs. Ils ont choisi, cette année, le beau premier livre d’Isabelle Carré, Les rêveurs (Grasset).

C’est une révélation par la vertu d’un style à la fois sincère et limpide autant que littéraire, c’est-à-dire poétique et plein de grâce. Cette actrice, au sourire énigmatique et ensoleillé, raconte son enfance, ses parents vivant dans un constant malentendu, les périls de son adolescence, la révélation du cinéma et d’une vocation théâtrale, qui vont la sau­ver. Il y a, bien naturellement, une part majoritaire d’autobiographie, mais on voit qu’Isabelle Carré a su aussi transformer du vécu en fiction.

VENDREDI 16 MARS

Nouvelle publication de «Reporters sans frontières». Très régulièrement, cet organisme, qui défend les journalistes en danger aux quatre coins de la planète, publie des albums photos «pour la liberté de la presse». Il s’agit, cette fois-ci, de l’œuvre d’une consœur qui a traversé le monde, de la Sibérie au Mali. Les photos de Françoise Huguier vont de la misère de la guerre à la frivolité des défilés de mode. Elle dit : «L’intérêt du reportage, c’est d’exprimer en images l’inexprimable.»

La vie de cette inconnue du grand public est, elle-même, un incroyable roman. A 8 ans, alors qu’elle vivait avec ses parents au Cambodge, elle a été kidnappée par des soldats Viêt Minh et vivra durant huit mois dans la privation, l’initiation aux armes, la peur d’être perdue pour toujours, la jungle, les bêtes sauvages. Cette expérience fondatrice l’a amenée presque naturellement, oserais-je dire, à devenir photoreporter pour observer et enregistrer la violence, la solitude, mais aussi la beauté des femmes.

Sur mon bureau, de nouveaux livres, écrits par des hommes, à propos de jeunes femmes. Voici deux journalistes, l’un à L’Equipe, l’autre un peu partout, notamment au Monde. Ils racontent deux femmes, deux destins revus, revécus, réinterprétés. Kornelia (Stock), nageuse de l’Est, dont Vincent Duluc suit l’itinéraire, obsédé par ce visage qui, peu à peu, va se transformer et devenir celui d’une femme soumise au régime forcené que l’on imposait aux athlètes venus du froid. Philippe Broussard, lui, part A la recherche de Ginka (Stock) et met en lumière le destin d’une prostituée bulgare, retrouvée morte sur un terrain vague parisien. Broussard mène l’enquête, comme il a toujours su le faire, avec talent.

C’est l’air du temps : parmi les sujets que je viens de citer, tous ont comme point commun les femmes. Si vous ajoutez à cette liste, incomplète, les nouveaux films de la semaine, vous retiendrez la place importante donnée par la critique à La Belle et la Belle, de Sophie Fillières, avec Sandrine Kiberlain et Agathe Bonitzer. Trois femmes, là encore. Victor Hugo a écrit : «Quand tout se fait petit, femmes, vous restez grandes.»

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