Meurtre d'Angélique : la douleur et la peur

Une rose blanche à la main, en ­mémoire d’Angélique. Après que son meurtrier présumé a été mis en examen et écroué, ils étaient plusieurs centaines à défiler en silence, mardi 1er mai, dans les rues de la petite ville de Wambrechies.

Toutes générations mêlées, ils ­tenaient à rendre un dernier hommage à l’adolescente de 13 ans, violée et tuée mercredi dernier.

Dans cette commune du Nord d’à peine 10.000 habitants, beaucoup connaissaient la jeune fille, dont le visage souriant ornait la banderole derrière laquelle ils s’étaient rassemblés.

Mais dans le recueillement, la tristesse se teinte aussi de colère, la plupart des habitants se demandant comment de tels faits ont pu se produire, pratiquement sous leurs yeux.

Un besoin d’explications

Au-delà de l’horreur du drame, le profil de l’agresseur présumé vient renforcer le malaise. David Ramault, 45 ans et père de deux enfants, était ainsi ­­décrit comme quelqu’un de «normal».

Un chauffeur de bus «serviable» et un «Monsieur Tout-le-Monde», selon ­certains habitants, très éloigné de l’image de prédateur souvent associée aux ­violeurs d’enfants.

«Il y a un phé­nomène d’identification parce qu’on se dit “ça aurait pu nous arriver“», analyse Hélène Romano, psychologue et spé­cialiste du psychotraumatisme.

D’autant plus qu’Angélique a suivi Ramault en toute confiance, l’homme étant un ­ancien voisin de la famille. Un cas qui ­illustre d’ailleurs le fait que les pédophiles sont «souvent dans l’entourage proche des victimes», rappelle la spécialiste.

Mais le plus effroyable reste sans doute le lourd passé du suspect. David Ramault avait déjà été condamné en 1996 à neuf ans de prison pour «viol avec arme», sur une fillette de 12 ans, commis en 1994.

A l’époque, le suivi sociojudiciaire n’existait pas et l’homme n’a, en conséquence, jamais été soumis à une obligation de soins, à la suite de sa condamnation.

Sorti de prison en 2000, il était toutefois inscrit au fichier judiciaire national automatisé des auteurs d’infractions sexuelles (Fijais), qui répertorie les noms et adresses des ­délinquants sexuels.

«Je ressens de la haine», a résumé Cécilia, une mère au foyer de 28 ans. «On ne comprend pas comment, après tout ce qu’il a fait, il a pu être dehors», a-t-elle ajouté.

Le débat sur la récidive relancé

Un écœurement largement partagé dans le pays, qui est venu relancer le débat, toujours vif, sur la prévention de la récidive.

Anéanti par le chagrin et la colère, le père d’Angélique en est, lui, persuadé : «Si ça n’avait pas été ma fille, ça aurait été quelqu’un d’autre», a-t-il déclaré.

Mais le risque zéro de la récidive n’existe pas, rappellent ­régulièrement magistrats et experts psychiatres.

Outre des conditions de ­remises en liberté durcies réclamées par nombre de citoyens, des voix s’élèvent pour élargir le périmètre des personnes habilitées à consulter le Fijais, accessible aujourd’hui aux seuls officiers de police, procureurs, adminis­tration pénitentiaire ou préfets.

Certains, comme le frontiste Nicolas Bay, estiment que ce genre de faits nécessite la mise en place d’une «perpétuité réelle».

D’autres, enfin, demandent enfin à rendre obligatoire la castration chimique souvent présentée comme un remède miracle. «Cela n’empêche pas les fantasmes et des agressions par d’autres moyens», tempère toutefois Hélène Romano. 

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