Jean-Michel Blanquer, ministre de l'Education nationale : «Le bac va être remusclé»

Alors que le coup d'envoi du baccalauréat est donné, ce lundi 18 juin, le ministre de l'Education nationale, Jean-Michel Blanquer, qui a lui-même engagé une profonde réforme de l'examen, défend sa stratégie. 

Au premier jour des épreuves, dans quel état d’esprit êtes-vous ?

Je suis serein et je souhaite la réussite des élèves. Nous arrivons à la fin d’une année scolaire qui, dans l’ensemble, s’est bien passée, et au cours de laquelle les lycéens ont été bien préparés.

C’est à l’image de ce que l’on peut souhaiter pour la suite, dans une perspective de réformes, afin de donner un nouvel élan à notre système scolaire. 

«Le baccalauréat prépare l'avenir des élèves. Il s’est cependant essoufflé, et c’est pour cela qu'il va être remusclé, à partir de 2021»

Le bac est aujourd’hui critiqué. Est-il toujours utile ?

C’est le premier diplôme de l’enseignement supérieur. Il prépare l’avenir des élèves. Il s’est cependant essoufflé, et c’est pour cela que le bac va être remusclé, à partir de 2021, autour de quatre épreuves écrites (contre une dizaine aujourd’hui, ndlr) et d’un grand oral.

D’autres changements sont attendus...

En introduisant une part de contrôle continu - qui comptera pour 40 % de la note finale -, cela va permettre de reconnaître la régularité du travail, en évitant le bachotage.

La fin des séries L, ES, S, va offrir une plus grande liberté aux élèves, puisqu’ils pourront choisir leur spécialité selon leurs désirs et leurs compétences, et non plus en fonction d’une quelconque hiérarchie.

Le grand oral va permettre une meilleure pratique du français parlé, dont tout le monde a besoin dans sa vie personnelle et professionnelle. C’est un baccalauréat qui fera beaucoup plus sens, car il préparera mieux au futur.

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[© N. Revelli-Beaumont pour CNEWS]

Certains syndicats craignent que cette nouvelle formule ne renforce les inégalités entre élèves...

Plus de 40.000 lycéens ont été consultés sur la réforme du bac et, dans leur grande majorité, ont été favorables au principe du contrôle continu.

Ce ne serait d’ailleurs pas les établissements défavorisés qui seraient les plus désavantagés, car on a tendance à noter plus sévèrement dans un établissement de centre-ville que dans un établissement périphérique.

Nous avons aussi mis en place des mesures pour objectiver le contrôle continu, qui doit permettre d’éviter les disparités entre les établissements. 

L’examen 2018 a lieu pendant le Mondial de foot et en pleine grève SNCF. Cela vous inquiète-t-il ?

Le Mondial n’est pas un événement imprévisible, puisqu’il a lieu tous les quatre ans.  Concernant la grève, je compte sur le sens civique des cheminots pour qu’il y ait le moins de perturbations possibles.

Dans le même temps, nous appelons les candidats à anticiper leurs déplacements, même si un dispositif spécial a été mis en place avec la SNCF. Des agents portant des gilets rouges sont ainsi mobilisés dans les gares pour guider les lycéens vers les centres d’examens.

Un retard d’une heure maximum sera en outre toléré. En cas de grosses perturbations, les surveillants pourront, le cas échéant, être amenés à indiquer le retard sur la copie, afin que le correcteur en tienne compte.   

«Concernant la fraude, tous les appareils non autorisés, comme les téléphones portables, doivent être éteints et rangés» 

Un dispositif spécial a-t-il été mis en place, cette année, pour éviter les fuites et sanctionner la fraude ?

D’une façon générale, nous avons un dispositif contre la fraude qui est prêt à parer à toute éventualité. En cas de fuite, des sujets de secours seront, bien sûr, tout de suite mis en place même si, là encore, nous nous sommes organisés de façon à ce que cela ne puisse normalement pas arriver.

Concernant la fraude, tous les appareils non autorisés, comme les portables, doivent être éteints et rangés. Je rappelle aussi que des détecteurs de téléphones ont été installés de façon aléatoire dans les salles d’examens. Les surveillants ont d’ailleurs pour consigne d’être extrêmement sévères à ce sujet.

Après le bac, les études continuent. Quelle est votre analyse des débuts de Parcoursup ?

A ce jour, environ 650.000 candidats ont reçu au moins une réponse positive sur la plate-forme d’admission et environ 350.000 élèves ont confirmé, sinon leur premier choix, du moins un choix qui leur plaisait.

Nous avons dépassé les objectifs que nous nous étions fixés, même si on peut comprendre une certaine inquiétude de la part de ceux qui n’ont pas encore reçu de réponse.

«Tout lycéen qui aura son bac et veut poursuivre aura une place»

Pouvez-vous garantir que chaque bachelier aura bien une place dans l’enseignement supérieur ?

Tout lycéen qui obtiendra son baccalauréat et qui voudra poursuivre des études dans l’enseignement supérieur aura une place. Avec Frédérique Vidal (la ministre de l’Enseignement supérieur, ndlr), nous le garantissons.

Parce que même un lycéen qui se retrouve sans aucune place sur Parcoursup aura la possibilité d’avoir accès à une commission rectorale. Cette dernière veillera à installer un dialogue, dans le but de faire des propositions les plus proches possibles des vœux d’inscriptions de l’élève.

Quand un bilan du dispositif sera-t-il présenté ?

Des premiers retours devraient être disponibles dans le courant du mois de juillet. Un bilan complet sera quant à lui disponible à la rentrée, en septembre prochain.

Parcoursup est, je crois, bien plus humain que l’ancien système APB, notamment de par les questions posées, qui offrent une meilleure orientation. C’est également un système plus rationnel, puisqu’il supprime le tirage au sort. Tout ceci dans un objectif d’être plus juste aussi, car au service de la réussite future des élèves.

Autre sujet au cœur de l’actualité, le portable, désormais interdit jusqu’au collège. Craignez-vous une fronde de la part des élèves ou des parents ?

Il faut distinguer les adultes et les élèves. Il y a une très forte approbation de la part des parents ou des professeurs. 

S’agissant des élèves, ils peuvent parfois être un peu gênés. Mais j’ai discuté avec certains d’entre eux ces derniers temps, dans des collèges où la mesure est déjà appliquée. 

Ils sont très heureux et disent que cela crée davantage de contacts humains, atténue fortement le cyber-harcèlement. Ce sont des avantages qu’ils sont les premiers à voir.

Prévoyez-vous d'étendre cette interdiction au lycée ?

Ce n’est pas prévu. Car on fait une distinction entre l’âge de l’école et du collège, qui est l’âge de la scolarité obligatoire, celui de l’enfance et de l’adolescence, alors que nous considérons qu’avec les lycéens, nous devons être dans un système de responsabilité, en les considérant comme des pré-adultes.

Ce ne sont donc pas les mêmes règles qui doivent prévaloir. Ceci étant dit, il est tout à fait possible pour un lycée – dans lequel un certain consensus se dégagerait – de prévoir dans son règlement une telle interdiction. 

Vous venez de publier l’ouvrage «Construisons ensemble l’École de la confiance » (Ed. Odile Jacob) Quel message souhaitez-vous adresser aux lycéens ?

La confiance est un mot clé. Cela ne sert à rien de tout faire à la dernière minute. Il faut s’appuyer sur le travail effectué tout au long de l’année, et certainement, d’une façon renforcée sur les derniers jours.

La sérénité est une donnée fondamentale, car c’est une partie de la réussite à l’examen. En passant le baccalauréat, les élèves doivent se préparer pour l’après. Le but n’est, encore une fois, pas le bachotage, mais que l’examen fasse sens pour réussir ensuite dans l’enseignement supérieur.

Vous avez aussi engagé une réforme de la voie professionnelle. Quels en sont les enjeux ?

Elle est essentielle, car l’enseignement professionnel peut mener à des réussites exceptionnelles. Dans le domaine industriel, notamment, les élèves peuvent avoir jusqu’à trois propositions de postes à la sortie du lycée ou du BTS.

«L'enseignement professionnel a un très bel avenir, et mon but est que les élèves aillent dans cette voie [...] en fonction de leurs désirs et de leur profil»

L’enseignement professionnel a un très bel avenir, et mon but est que les élèves aillent dans cette voie non pas en fonction de leurs résultats, mais en fonction de leurs désirs et de leur profil.

Cela va passer par plusieurs axes. D’abord, une logique de campus thématiques, pour donner envie aux élèves avec un internat, des équipements sportifs, un lycée professionnel et un centre de formation par apprentissage, mais aussi un incubateur d’entreprises. L’objectif est d’avoir au moins trois ou quatre campus nouveaux par région à l’horizon 2022.

Quelles sont les autres pistes ?

Il y a aussi les thématiques d’avenir, comme la révolution numérique, la transition écologique. Enfin, la pédagogie dynamique. Certains élèves préfèrent commencer par le concret pour aller vers l’abstrait.

Certains sont plus à l’aise avec le travail en équipe que le travail individuel. Ce sont des compétences fondamentales dans la vie professionnelle, sachant qu’il y a aujourd’hui 300.000 emplois qui ne sont pas pourvus, alors même que des jeunes sont au chômage.

Par ailleurs, à la rentrée dernière, un dédoublement des classes a été initié dans une partie du primaire…

Les CP en réseau d’éducation prioritaire renforcé (REP+) ont été dédoublés, ce qui sera le cas des CP en réseau d’éducation prioritaire (REP), et une bonne partie des CE1 en REP+ à la rentrée prochaine. Puis, ce seront les CE1 en REP.

Quel bilan en tirez-vous ?

Nous ferons un point d’étape fin juin avec les CP dédoublés, et de premières évaluations sont menées actuellement. Nous aurons les résultats à l’automne prochain.

Les premiers retours sont extrêmement encourageants, car on voit des élèves avec une fluidité de lecture, une capacité de calcul ou d’écriture bien meilleure et précoce dans l’année.

Nous voulions combattre à la racine les inégalités sociales en allant dans les territoires les plus défavorisés, et opérer dès le CP et le CE1. Si les premiers résultats se confirment, cela représentera en profondeur un très grand progrès social.

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[© N. Revelli-Beaumont pour CNEWS]

Qu’en est-il de votre volonté de recruter les enseignants non plus à bac + 5, mais à bac + 3 ?

Il y aura, au cours des prochains mois, une réforme de la formation des professeurs. Plus que des recrutements, il s’agira de pré-recrutements.

Nous devons être capables, à bac + 3, voire même avant, d’accompagner les futurs professeurs, avec une formation qui allie théorie et pratique. Donc, on sera toujours professeur à bac + 5, mais après avoir été mieux préparé.  

Vous avez diffusé récemment, dans les écoles, un «Vade-mecum» sur la laïcité. Quel est le but, sachant que votre prédécesseur avait diffusé un guide similaire ?

Il s’agit dans les deux cas de promouvoir la laïcité, dans le respect de notre devise. La liberté, tout d’abord : chacun est libre de croire ou de ne pas croire et n’a à subir aucune pression d’une religion ou d’une croyance.

L’égalité, ensuite, car nous sommes tous égaux devant ces règles. La fraternité, enfin, car la laïcité nous permet à tous de vivre ensemble de manière conviviale et agréable. Nous avons voulu être pragmatiques.

Ce Vade-mecum permet de poser des règles et d’apporter des réponses, par exemple face à  des élèves qui refusent d’aller à la piscine pour des motifs religieux, des hommes qui refusent de serrer la main de femmes, des contestations de contenus de cours…

«J’ai prévu d’élaborer bientôt un système de sanction éducative, lorsqu’il y aura de l’irrespect dans la relation fille-garçon» 

L’égalité entre les filles et les garçons est l’un des combats majeurs du gouvernement. Qu’en est-il de votre ministère ?

L’école doit permettre aux élèves d’acquérir les savoirs fondamentaux : lire, écrire, compter, mais aussi respecter autrui. Le respect est au centre de ma politique éducative et l’égalité entre les filles et les garçons en fait partie.

J’ai prévu d’élaborer bientôt un système de sanction éducative, lorsqu’il y aura de l’irrespect dans la relation fille-garçon. L’élève devra ainsi consacrer un certain nombre d’heures à apprendre un des principes sur le respect des filles par les garçons.

Et concernant les formations ?

D’autres actions pourront être mises en œuvre pour encourager les filles à aller dans certaines filières où elles ne vont pas assez aujourd’hui, comme le numérique ou la voie scientifique.

Dans le cadre de la formation des enseignants que je vais mener, je compte aussi mieux les sensibiliser sur ces enjeux.

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