La grève en bout de ligne ?

Le mouvement des cheminots semble être en passe de se tarir, à cause notamment de la désunion syndicale. Le mouvement des cheminots semble être en passe de se tarir, à cause notamment de la désunion syndicale. [© GERARD JULIEN / AFP]

Le mouvement, lancé en avril dernier, n’a cessé de s’étioler au fil du temps, même si certains ne désarment pas.

Le divorce est consommé. Dix semaines après le lancement de la grève intermittente à la SNCF, qui doit officiellement se poursuivre jusqu’au 28 juin, le front syndical a officiellement éclaté cette semaine. L’Unsa et la CFDT, dits réformistes, ont en effet décidé de ne pas poursuivre le combat au mois de juillet. Une stratégie en totale opposition avec celle de la CGT et SUD, qui, de leur côté, dénoncent une «trahison».

Si tous les syndicats ont prévu de tenir tête «jusqu’au dernier jour du calendrier de la grève par épisodes, fixé il y a trois mois, la perspective de voir, au cours des vacances d’été, des transports au ralenti et des gares noires de monde paraît s’éloigner. Au terme de mois de perturbations épisodiques dans les transports et de manifestations de moins en moins suivies, c’est donc une sortie de crise qui semble se profiler.

Une stratégie en question

Depuis son lancement, la mobilisation des cheminots n’a eu de cesse de s’étioler. Le taux de grévistes est ainsi passé de 33,9 %, le 3 avril, à 10,8 % – son niveau le plus bas jamais enregistré – lundi dernier, lors d’une trente-deuxième journée de mobilisation, qui coïncidait avec la première épreuve du bac. Un coup de frein qui s’explique d’abord par les désaccords réels entre les syndicats réformistes et les autres. «C’est exceptionnel que l’unité ait résisté si longtemps, car leurs divergences existaient dès le départ. Finalement, aujourd’hui, c’est un retour à la normale», estime Rémi Bourguigon, chercheur au Cevipof.

Autre cause de cet essoufflement, le manque de soutien de la population. Selon un récent sondage Ifop, près de deux Français sur trois (63 %) voient désormais la grève d’un mauvais œil, contre déjà 53 % en avril, preuve que le ras-le-bol se généralise. Sans compter une raison plus politique : la réforme de la SNCF a été définitivement adoptée par le Parlement, la semaine dernière, faisant de sa mise en œuvre une simple formalité. Comme l’a martelé l’exécutif, «la loi est votée, elle va s’appliquer». Un point de non-retour prévisible, mais qui a pu décourager certains grévistes.

En outre, le calendrier atypique choisi par les opposants – un arrêt du travail deux jours sur cinq pour tenir dans le temps – a pu jouer en leur défaveur. En effet, la SNCF a été en mesure de reporter de nombreux voyages annulés sur les jours suivants, et ainsi limiter les nuisances pour les usagers. «L’impact aurait été plus important avec une grève moins longue, mais en continu», assure Rémi Bourguignon.

Suspense pour les vacances

Si la CFDT et l’Unsa vont désormais privilégier les négociations de branche pour peser dans le débat, la CGT et SUD ne désarment pas. Pour ces derniers, la grève est donc maintenue, avec un «calendrier plus allégé», mais durant tout l’été. Le mouvement reprendra les 6 et 7 juillet, dès le début des vacances scolaires. «Il faut taper là où ça fait mal, perturber les grands départs», explique un responsable.

Avec l’ambition de faire reculer l’exécutif, mais au risque d’exaspérer encore plus les usagers. Car les spécialistes sont unanimes : faire grève pendant la période estivale – ce qui est rarissime – est extrêmement impopulaire. S’ils ont perdu la guerre législative, l’enjeu sera donc pour les cheminots de ne pas perdre définitivement celle de l’opinion.

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