Guerre ouverte contre le tabac

La Ville de Strasbourg a adopté lundi une mesure pour interdire la consommation de cigarettes dans l'ensemble de ses parcs et jardins publics.[SEBASTIEN BOZON / AFP]

Dès dimanche, la cigarette n’aura plus sa place dans les parcs et jardins publics de Strasbourg.

Une première en France pour une grande métropole, qui place la cité alsacienne parmi les villes ayant décidé d’enrichir leur arsenal de mesures contre le tabagisme.

Plus largement, cette mesure s’inscrit dans la volonté des autorités, du gouvernement aux simples communes, de faire de la lutte contre la cigarette la priorité des politiques de santé publique.

Une cascade de mesures

Strasbourg n’est pas un cas isolé. Cannes a également décidé de lutter contre le tabac cet été. Une brigade des plages distribuera des amendes de 38 euros aux personnes prises en train de fumer sur leur serviette.

A Rennes, c’est le campus de l’École des hautes études en santé publique qui est devenu un lieu sans cigarettes, depuis le mois de mai. Les étudiants doivent s’exiler dans quatre abris bien délimités en bordure du site, afin de ne plus faire subir les volutes de fumée à leurs camarades.

Des mesures qui viennent s’intégrer dans un champ d’action plus vaste. En charge du dossier, la ministre de la Santé Agnès Buzyn s’est félicitée de ces décisions, visant à dénormaliser la consommation de tabac. Fumer ne doit plus être perçu comme un acte normal, notamment pour les plus jeunes. «L’exposition des enfants à la vision des gens qui fument favorise l’entrée dans le tabagisme», dénonce-t-elle, en référence à la mesure strasbourgeoise.

Déterminée à poursuivre les efforts engagés, elle a prévu de maintenir sa pression sur le porte-monnaie des consommateurs, avec un paquet qui devrait atteindre les 10 euros en novembre 2020, avec quelques marques en hausse pour juillet. Mais le gouvernement entend aussi accompagner les personnes prêtes à combattre leur addiction, en faisant par exemple rembourser par l’Assurance maladie une gomme à mâcher et un patch anti-tabac depuis le printemps.

Des mesures qui s’inscrivent dans un long combat mené dès 1991 et la loi Évin, entraînant une évolution des mentalités. Avec l’introduction du concept de «tabagisme passif» et ses effets néfastes pour la santé de l’entourage des fumeurs, la pratique n’est plus à la mode. «L’image du tabac s’est considérablement ternie. Maintenant, cela fait ringard de fumer», explique ainsi Yves Martinet, chef du service de pneumologie au CHU de Nancy et président du Comité nationale contre le tabagisme.

Un chantier sanitaire énorme

Ce combat sans relâche semble porter ses fruits. La ministre de la Santé a pu annoncer en mai une baisse d’un million de consommateurs sur un an. Un résultat encourageant, même s’ils sont encore 12,2 millions à fumer.

Une étude publiée lundi indique ainsi que la substance a été responsable de 20 % de nouveaux cas de cancers évitables en 2015. Soit 68.000 personnes atteintes par la maladie, première cause de mortalité en France.

Et si les classes populaires sont toujours les plus concernées par ce fléau, les scientifiques s’inquiètent de la place importante que prennent les femmes dans le tabagisme. D’après le dernier sondage de l’Institut de Veille sanitaire, elles seraient 30,5 % à fumer. Une consommation qui illustre la difficulté de cerner ce fléau.

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