Avec Rosa Bouglione, le cirque perd l'une de ses étoiles

Le public pourra se recueillir devant son cercueil et lui rendre un dernier hommage au Cirque d'Hiver ce mercredi de 10H00 à 13H00[AFP]

Elle était née dans une roulotte il y a plus d'un siècle et régnait depuis les années 1930 sur le vénérable Cirque d'Hiver à Paris : avec la mort de Rosa Bouglione, c'est une véritable légende du cirque qui disparaît.

«Madame Rosa», matriarche de la plus célèbre famille du cirque, est morte dimanche à son domicile, situé tout près du Cirque d'Hiver, a indiqué lundi sa famille.

«Pendant presque un siècle, Mme Rosa a reçu les plus grandes stars et accueilli, dans ce temple du cirque, les plus grands artistes internationaux», a rappelé la famille Bouglione.

«Enfant de la balle», elle était née le 21 décembre 1910, à Ixelles en Belgique, sous le nom de Rosalie Van Been, dans une famille qui possédait une ménagerie foraine.

Dès l'âge de 14 ans, elle avait fait du cirque son métier, avec un numéro de danse serpentine... dans la cage aux lions. Sous l'oeil attentif de son dompteur de père.

En 1928, elle a un coup de foudre pour Joseph Bouglione, descendant de gitans italiens montreurs d'ours et l'épouse, dans la cage aux fauves. Un souvenir parmi des centaines d'autres qu'elle évoquait avec nostalgie dans un livre publié en 2011.

Pour leur voyage de noces, Rosa et Joseph Bouglione, qui auront sept enfants, suivent la troupe du Wild West Show que Buffalo Bill avait monté en 1904.

Animaux en vedette

Très vite, Joseph et ses frères misent sur les gros animaux et leur sens consommé de la mise en scène.

En 1934, ils achètent le Cirque d'Hiver, cette célèbre salle que le prince Louis-Napoléon - futur Napoléon III - avait inaugurée en 1852.

Rosa et Joseph organisent de spectacles narratifs dans ce lieu mythique où tous les grands artistes du cirque se produiront.

Après la guerre, ils sauront se servir de la toute jeune télévision pour faire parler de leurs spectacles, au travers de l'émission «La piste aux étoiles» de Gilles Margaritis.

Toutes les célébrités de l'époque viendront les applaudir au Cirque d'Hiver, de Marlene Dietrich à la Callas et Joséphine Baker en passant par Vincent Auriol et Georges Pompidou. C'est dans cette même salle, en 1955, que Carol Reed viendra tourner «Trapèze» avec Gina Lollobrigida, Burt Lancaster et Tony Curtis.

Cinq générations

Après cet âge d'or, dans les années 80-90, le Cirque d'Hiver abritera surtout des comédies musicales et même des meetings politiques.

Rosa et Joseph ont vécu en tournée sur les routes de France jusqu'en 1981, avant de se sédentariser en s'installant dans un appartement aux allures de roulotte, tout proche du Cirque.

Cette disparition intervient alors que les cirques traditionnels traversent une mauvaise passe, en raison d'une baisse de leur fréquentation et de critiques de plus en plus appuyées sur l'usage des animaux. A l'image du cirque Pinder, récemment placé en liquidation.

La famille Bouglione, par la voix de Joseph-Eugène, 86 ans, avait défendu en janvier la présence d'animaux sur la piste : «Le cirque sans animaux est un repas sans vin», avait-il lancé, affirmant à l'occasion d'une manifestation à Paris que ses animaux, nés dans des zoos, étaient «en bonne santé».

Après la disparition de Joseph en 1987, plusieurs de leurs petits-enfants et arrière-petits-enfants ont repris la direction du cirque. «Tant qu'il y aura des enfants, il y aura du cirque...», confiait Rosa.

«Cinq générations, rassemblant quelque 55 petits, arrière et arrière-arrière-petits-enfants vont dire adieu à leur emblématique aïeule qui leur a légué l'amour du cirque», souligne la famille.

Le public pourra se recueillir devant son cercueil au Cirque d'Hiver mercredi de 10H00 à 13H00.

Une messe sera célébrée le même jour à 14H30 à Lizy-sur-Ourcq (Seine-et-Marne) en l'église Saint-Médard. «Comme tous les membres de la dynastie», Rosa Bouglione sera ensuite inhumée au cimetière de cette commune. Une tradition familale depuis le décès de son ancêtre par alliance Marie-Louis Baglioni (le nom sera francisé pour devenir Bouglione).

La doyenne du cirque avait émis le souhait d'être enterrée là où sa troupe avait coutume de s'arrêter tous les ans, explique sa famille.

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