L'alimentation autrement ?

Les produits de l'industrie agroalimentaire sont trop concentrés en sel, sucres et acides gras saturés. Les produits de l'industrie agroalimentaire sont trop concentrés en sel, sucres et acides gras saturés. [© LOIC VENANCE / AFP]

Alors que les scandales sanitaires sont nombreux, l’objectif des parlementaires est d’impulser des mesures concrètes.

Des aliments pas innocents. Produits transformés douteux, additifs trop nombreux... alors que les scandales sanitaires se sont multipliés ces dernières années, un rapport parlementaire, présenté ce mercredi à l’Assemblée nationale, veut prendre le problème à bras le corps.

Fruit du travail d’une commission d’enquête présidée par le député Loïc Prud’homme (LFI), le document aura nécessité six mois de travail, des dizaines d’auditions de scientifiques, de spécialistes de l’alimentation, de patrons et même celle du ministre de l’Agriculture, Stéphane Travert. Résultat : des mesures très concrètes sont proposées pour lutter contre la progression de l’obésité et, dans le même temps, d’améliorer les pratiques d’un secteur souvent taxé d’opacité.

Les aliments industriels pointés

Dans le viseur : la quantité de sel, de sucres et d’acides gras saturés, utilisés par l’industrie agroalimentaire dans les pizzas, le ketchup et la plupart des plats préparés. Ils favorisent l’apparition de maladies cardiovasculaires, qui, aujourd’hui, constituent la deuxième cause de décès en France, juste après les cancers.

«Il faut regarder les choses en face [...] l’alimentation ultra-transformée a un impact réel sur notre santé», explique Loïc Prud’homme. Le pain, qui représente souvent 30 % des apports quotidiens en sel, ne devra, lui, pas contenir plus 18 grammes de sel par kilo de farine. Un seuil déjà recommandé, mais pas obligatoire.

Concernant les additifs autorisés, comme les exhausteurs de goût ou les colorants, qui donnent un aspect plus attrayant aux aliments, ils seraient limités à 48 d’ici à 2025, contre 338 à l’heure actuelle. Une bonne nouvelle sachant qu’ils peuvent parfois augmenter le risque d’hyperactivité chez les enfants.

Les auteurs du rapport préconisent aussi une meilleure information du public. Il s’agirait ainsi de renforcer «l’éducation à l’alimentation», dès l’âge de 3 ans, en rendant cet enseignement obligatoire dès l’an prochain. Cela passerait aussi par un renforcement de la qualité des repas servis en milieu hospitalier et en maisons de retraite, ou encore à rendre obligatoire l’étiquette Nutri-Score, qui classe les aliments selon leur qualité nutritionnelle.

Pour les plus pauvres, principales victimes de l’obésité, les auteurs proposent enfin une ditribution de coupons par la Caisse d’allocations familiales. Une urgence et un enjeu collectifs puisque, selon Michèle Crouzet, rapporteur LREM de la commission, «il y aura au moins 30 millions de personnes obèses ou en surpoids en France» en 2030.

Une prise de conscience

Pour les auteurs du rapport, le constat est donc clair : l’alimentation industrielle est un enjeu majeur de santé publique. Loïc Prud’homme estime même que les Français en sont les «cobayes». Mais les différents scandales sanitaires récents, comme les œufs au fipronil ou les laits infantiles contaminés à la salmonelle, semblent faire office de détonateur dans l’esprit des Français. Selon un sondage BVA, paru en juillet dernier, 57 % d’entre eux se disent plus préoccupés par leur alimentation, contre 39 % auparavant.

Des déclarations que vient confirmer le succès fulgurant des applications sur smartphone censées aider à mieux s’alimenter. Autant de signes d’une prise de conscience globale, qui appelle une réponse des pouvoirs publics. Reste donc à transformer ces mesures incitatives en un texte de loi.

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