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Une industrie automobile prospère mais menacée a rendez-vous à Paris

Carlos Tavares, le PDG de PSA, en compagnie de Jean-Philippe Imparato, directeur de la marque Peugeot, au Salon automobile de Genève, le 6 mars 2018 [HAROLD CUNNINGHAM / AFP/Archives] Carlos Tavares, le PDG de PSA, en compagnie de Jean-Philippe Imparato, directeur de la marque Peugeot, au Salon automobile de Genève, le 6 mars 2018. [HAROLD CUNNINGHAM / AFP/Archives]

Le Mondial de l'Auto accueille mardi à Paris une industrie automobile prospère mais secouée par de multiples défis, allant des bouleversements technologiques aux guerres commerciales de Donald Trump.

«Nous allons continuer à faire des voitures pendant de nombreuses années, mais elles seront très différentes de celles que nous faisons aujourd'hui», a déclaré lundi Carlos Ghosn, le PDG de l'alliance Renault-Nissan-Mitsubishi.

Le salon parisien, qui après deux journées réservées à la presse ouvrira ses portes au grand public à partir de jeudi et jusqu'au 14 octobre, donne un aperçu de cet avenir.

Face au déclin rapide du diesel, les constructeurs misent sur l'électrification de leur gamme. Ils doivent répondre à des normes durcies et à la demande du marché chinois, de loin le premier au monde, pour ce type de véhicules.

Renault, pionnier et leader de l'électrique, a présenté lundi soir sa nouvelle K-ZE, petite citadine à batteries pensée d'abord pour l'Empire du Milieu. Son rival PSA présente sa DS3 Crossback, plus luxueuse. Audi, avec sa nouvelle E-Tron, et Mercedes, avec l'EQC, répondent enfin à l'américain Tesla, qui expose sa Model 3 attendue pour 2019 en Europe.

Marché automobile [AFP / AFP]
Marché automobile [AFP / AFP]

A Paris, l'offre explose mais les doutes subsistent sur le rythme de développement d'un marché qui sollicite des milliards d'euros d'investissement en recherche.

La filière se prépare aussi à la prochaine révolution : le véhicule autonome, connecté et partagé, promis à l'horizon 2030. Plusieurs concept-cars spectaculaires sont annoncés, dont le Peugeot e-Legend Concept, qui réinterprète le style de la 504 Coupé.

Avec la possibilité de se détendre à bord, une fois déchargé de la conduite, «le véhicule autonome va rendre du temps à l'automobiliste. Nous y travaillons», a déclaré lundi Carlos Tavares, le patron de PSA, qui a plaidé pour une transition «pas à pas» afin de «ne faire aucun compromis sur la sécurité».

«La densité de technologies à bord va être de plus en plus grande, et le coût de plus en plus élevé», a-t-il souligné, voyant dans le partage des véhicules une façon de les rendre accessibles.

Ces produits pourraient réhabiliter l'automobile en apportant une solution aux problèmes de pollution et d'encombrement dans les villes, mais l'arrivée de nouveaux acteurs comme Google, Apple ou Uber menace l'hégémonie des acteurs historiques.

Ces derniers ont affiché l'an dernier des résultats records, après huit années de croissance ininterrompue. Mais depuis juillet, l'équipementier Continental, puis les champions allemands du haut de gamme Daimler et BMW ont, tour à tour, revu à la baisse leurs prévisions pour 2018.

La menace Trump

Les guerres commerciales déclenchées par Donald Trump menacent de faire peser des coûts exorbitants sur la filière en la contraignant à revoir la répartition de ses usines dans le monde. Un Brexit dur aurait le même effet.

Un modèle de Golf hybride présenté par Volkswagen au salon Cebit du numérique à Hanovre, le 11 juin 2018 [Hauke-Christian Dittrich / dpa/AFP/Archives]
Un modèle de Golf hybride présenté par Volkswagen au salon Cebit du numérique à Hanovre, le 11 juin 2018 [Hauke-Christian Dittrich / dpa/AFP/Archives]

Les sanctions contre l'Iran ont privé les groupes européens, et notamment français, d'un débouché prometteur.

La chute des devises de plusieurs pays émergents pèse aussi sur les comptes, et on commence à craindre un ralentissement de la demande mondiale.

Ferdinand Dudenhöffer, directeur de l'institut allemand Center Automotive Research (CAR) prévoit «des temps difficiles pour l'industrie automobile». Il anticipe une baisse des ventes mondiales de 1,4% l'an prochain, avec un recul de 4% aux Etats-Unis et en Chine.

Maxime Lemerle, expert automobile chez Euler Hermes, parie sur un ralentissement à 1,9% de croissance en 2019 après +3% cette année.

Il voit dans la dégradation de la conjoncture «une sorte de 'stress-test'» (test de résistance), estimant que, pour les industriels, «la question se pose de leur capacité à s'adapter aux changements profonds du monde automobile».

Le Mondial de l'Auto, doyen des salons du genre avec 120 bougies cette année, tente quant à lui de s'adapter en s'ouvrant à la mobilité au sens large. Il accueille les deux-roues avec le Mondial de la Moto, mais aussi les transports en commun ou les trottinettes électriques.

S'y ajoute un nouveau salon professionnel, Mondial.Tech, rendez-vous de start-ups venues du monde entier.

Pourtant, de nombreux constructeurs boudent l'événement: General Motors, qui ne vend quasiment plus de voiture en Europe, Ford et Fiat Chrysler, mais aussi Nissan, ainsi que les marques Volkswagen, Opel, Volvo et Mitsubishi. Cette désaffection touche tous les grands salons, sauf en Chine, devenue le centre du monde automobile.

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