Catherine Michaud : «Le silence sur les violences homophobes est choquant»

Trois agressions homophobes ont eu lieu en un mois à Paris.[JEAN-SEBASTIEN EVRARD / AFP]

Lundi 8 octobre, un couple de jeunes femmes a été agressé par un individu, place de la République à Paris. Pour Catherine Michaud, présidente de l'association LGBT GayLib et conseillère centriste du 2e arrondissement de Paris, la multiplication des actes homophobes ces derniers mois est liée au débat sur l'extension de la PMA.

Êtes-vous inquiète de la recrudescence des actes homophobes ?

Oui, inquiète mais aussi révoltée, car depuis quelques mois se multiplient les actes homophobes et LGBTphobes. Quelques jours avant la Marche des fiertés à Paris, en juin, les passages piétons arc-en-ciel ont été tagués. La plaque en hommage au dernier couple homosexuel exécuté à Paris, située rue Montorgueil, a été vandalisée deux fois en l’espace de quatre mois. Mi-août, une femme trans a été assassinée au bois de Boulogne dans l’indifférence générale.

Et depuis à la rentrée, on a arrêté de compter les agressions homophobes. Il y en a eu trois en l’espace d’un mois à Paris. Mais ce n’est pas circonscrit à la capitale, c’est quelque chose que l’on déplore dans toute la France : à Lyon il y a quelques jours, ou encore à Lille il y a quelques semaines, où un couple de lesbiennes a été aspergé d’eau de javel.

Comment expliquez-vous ce phénomène ?

Lorsque les micros sont tendus à des gens qui attisent la haine, cela libère la parole homophobe. C’est ce qu’il se passe en ce moment, avec le débat sur la possible extension de l’accès à la procréation médicale assistée (PMA) pour toutes les femmes. A longueur de journée, vous avez dans les médias des représentants de la Manif pour tous ou de l’Église. Ils viennent donner des leçons sur ce que doit être la famille, et opposent les Français les uns aux autres. Ils pointent du doigt les familles monoparentales et homoparentales. Le climat est donc loin d’être serein. Il faut que les journalistes invitent sur les plateaux davantage de lesbiennes, d’homosexuels, d’associations LGBT, pour leur donner eux aussi la parole.

Est-ce semblable à ce que l'on a vécu lors du débat sur le mariage pour tous en 2013 ?

Oui, il y a eu la même recrudescence d’actes homophobes à ce moment-là. C'est pareil aujourd'hui avec la PMA, si ce n’est que les débats à l’Assemblée nationale n’ont pas commencé. On est en octobre, le texte va être déposé par le gouvernement en décembre, pour une étude au début de l’année prochaine. Et on en est déjà à une agression homophobe par semaine à Paris au minimum.

Qu’attendez-vous des pouvoirs publics ?

Ce qui me choque aujourd’hui, c’est le silence assourdissant du gouvernement au sujet de toutes ces violences homophobes. Combien de morts, d’agressions faudra-t-il pour que l’on ait une réaction ferme des pouvoirs publics ? La justice doit condamner fermement les auteurs de ces actes homophobes, avec des peines exemplaires. Il ne faut rien laisser passer. L’homophobie n’est pas une opinion, c’est un délit.

Nous devons également mettre en place des campagnes de prévention, et former les représentants de la justice, les policiers, les gendarmes, dans l’accompagnement des victimes, dans la manière dont on les reçoit et les écoute.

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