La fronde en gilet jaune

Les «gilets jau­nes» dénoncent depuis des semaines le «matraquage fiscal» des classes moyennes et populaires. Les «gilets jau­nes» dénoncent depuis des semaines le «matraquage fiscal» des classes moyennes et populaires. [© PHILIPPE HUGUEN / AFP]

Les opposants à la hausse des prix des carburants montent en puissance, et l’Etat cherche à calmer les esprits.

Ils vont rouler au pas pour faire entendre leur voix. Cinq jours avant le blocage national des routes, le samedi 17 novembre, la colère ne cesse de monter chez les opposants à la flambée des prix des carburants et, plus largement, chez ceux qui dénoncent un déclin de leur pouvoir d’achat.

Ces «gilets jau­nes» – qui est l’emblème de leur mouvement – dénoncent depuis des semaines le «matraquage fiscal» visant, selon eux, les classes moyennes et populaires.

Le gouvernement, lui, dit «comprendre» la grogne et «assumer» la mesure, mais cherche une sortie de crise. Car le risque d’une convergence des luttes est pris au sérieux.

Un mouvement né d’en-bas

«Vous avez vu la colère de la France qui monte ? Le 17 novembre, vous allez la voir», avait lancé un retraité à Emmanuel Macron, la semaine dernière à Verdun, lors d’un déplacement consacré à la Grande Guerre.

Après la hausse de la CSG pour les retraités, la suppression de l’ISF, ou encore la limitation de la vitesse à 80 km/h sur les routes, le boom des prix à la pompe a définitivement cristallisé la grogne.

Suffisante pour avoir fait naître, mi-octobre, une vaste fronde antifiscale sur les réseaux sociaux, impulsée par les particuliers eux-mêmes.

Les pétitions se sont multipliées sur Internet (dont une, lancée par une automobiliste, qui avait déjà recueilli hier plus de 800 000 signatures), tandis que les appels à paralyser le pays ce samedi ont fleuri sur l’ensemble du territoire. Pas moins de 700 manifestations et blocages en tout genre sont ainsi recensés pour la journée.

Une épreuve d’autant plus périlleuse pour le gouvernement que le mouvement, soutenu par 71 % des Français, selon un récent sondage Ifop, est citoyen et spontané, transpartisan et non structuré : il n’y a ni revendication formelle, ni interlocuteur officiel – donc pas de négociation possible.

«C’est une mobilisation réceptacle des mécontentements sur le pouvoir d’achat, qui se cristallisent autour d’un élément concret : le carburant», relève Frédéric Dabi, de l’Ifop. Né de la colère d’automobilistes, le mouvement s’est, sans surprise, peu à peu politisé. Au risque d’être aujourd’hui récupéré par l’opposition tous azimuts.

Du RN aux Insoumis, en passant par LR et le PS, «chacun tente de capitaliser sur le succès du 17 novembre, en vue d’incarner la première opposition à Macron», selon Frédéric Dabi.

La difficile réponse de l’exécutif

Si le gouvernement a exclu tout «retour en arrière», jugeant que le cap qu’il avait fixé était celui de la «fiscalité écologique» pour «limiter les consommations de produits fossiles», il espère calmer la polémique avant ce week-end.

Non seulement en pointant du doigt la participation de l’extrême droite à la mobilisation, mais aussi, plus concrètement, en promettant des contreparties pour les plus modestes, et notamment ceux qui sont contraints de prendre leur véhicule.

Parmi elles, discutées ce lundi à Matignon : l’amélioration du chèque énergie, la défiscalisation des aides au transport, la hausse de la prime à la conversion, ou encore la réduction du coût du permis de conduire.

Reste que «le mal est fait», selon Frédéric Dabi : «Les Français ont le sentiment que l’Etat donne d’une main ce qu’il reprend de l’autre.»

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