Habitat indigne : péril dans les demeures

Le drame de Marseille a fait ressurgir le débat sur l'insalubrité de certains logements en France. Le drame de Marseille a fait ressurgir le débat sur l'insalubrité de certains logements en France. [© EMIN AKYEL / AFP]

Le délabrement de certains logements provoque la colère, mais l’Etat promet de prendre des mesures volontaristes.

La vétusté dans le viseur. Dix jours après l’effondrement de deux immeubles au cœur de Marseille, qui a fait huit morts et suscité une vague d’émotion dans le pays, le problème de «l’habitat indigne» est plus que jamais au centre des débats.

Une nouvelle manifestation s’est d’ailleurs tenue dans la cité phocéenne, hier, pour protester contre les risques physiques encourus par certains résidents (incendie, écroulement…), ou pouvant affecter leur santé (amiante, manque d’isolation thermique…). Un «immense fléau» qui concerne plusieurs villes du pays, comme l’a récemment souligné le ministre du Logement, Julien Denormandie. Il a d’ailleurs promis une action «déterminée» de l’Etat.

Une menace sur tout le territoire

Un mur porteur et une toiture à moitié écroulés, des fissures inquiétantes… Les dangers des immeubles de la rue d’Aubagne étaient bien connus, des propriétaires comme de la mairie, d’après les experts. Un état des lieux accablant qui ne serait ni nouveau ni marginal. Selon un rapport officiel de 2015, en effet,

environ «100 000 habitants» vivraient dans près de 40 000 logements «potentiellement indignes», soit 13 % du parc privé. A tel point qu’en fin de semaine dernière, de nouveaux immeubles avaient dû être évacués par précaution.

Or, cet état de délabrement est d’autant plus inquiétant qu’il ne se limite pas à Marseille. Au total, dans le pays, pas moins de 420 000 logements du privé sont ainsi considérés comme «indi­gnes», et 14 communes (Montpellier, Grenoble, Evry, Grigny, Nîmes…) ont même été jugées «prioritaires» par l’Etat en termes de risque, selon l’Association des maires de France (AMF).

«C’est un phénomène qui se concentre dans certaines villes populaires ou quartiers anciens, mettant ainsi en lumière des poches de misère, mais aussi d’inaction publique, laissées à l’abandon ou contrôlées par des “marchands de sommeil”», souligne Manuel Domergue, directeur des études à la Fondation Abbé-Pierre.

En outre, les trois principaux acteurs du logement – propriétaires, mairies et Etat – se renvoient régulièrement la balle et surtout la responsabilité en cas d’insalubrité ou si un accident survient. Un bras de fer quasi systématique qui, en retardant les délais de prise en charge, ne ferait que ralentir les procédures de rénovation des logements insalubres, alors qu’il y a urgence.

La réponse attendue des autorités

Poussé par l’opinion depuis dix jours, le gouvernement entend lutter contre ce fléau via une politique «volontariste», selon ses termes. En plus d’un «audit précis, immeuble par immeuble» qui sera effectué à Marseille «dans les prochaines semaines», un plan de 3 milliards d’euros sur dix ans, baptisé Initiative Copropriétés, est actuellement dans les rouages pour restaurer les résidences dégradées dans tout le pays.

Sans compter la loi Elan, adoptée en octobre, qui prévoit de s’attaquer à l’habitat indigne, ou encore la promesse de l’exécutif d’«accompagner» les élus dans le processus de sécurisation des logements et la lutte contre les bailleurs malhonnêtes. Des mesures qui sont jugées «insuffisantes» par Manuel Domergue, mais qui marquent un «retour positif de l’Etat» sur cette question épineuse de l’insalubrité, «dont il s’était éloigné ces dernières années».

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