Procès Séréna : le parquet général fait appel de la condamnation de la mère à 5 ans de prison dont 3 avec sursis

Le parquet général a fait appel de la condamnation à cinq ans de prison, dont trois avec sursis, de la mère de Séréna, qui a vécu pendant deux ans dans le coffre d'une voiture.

Rosa Maria da Cruz, 50 ans et mère de trois autres enfants, avait été condamnée vendredi par la Cour d'assises de la Corrèze. L'avocat général avait requis huit ans de prison et la défense avait plaidé l'acquittement.

L'enfant, qui aura 7 ans fin novembre, vit en famille d'accueil depuis cinq ans.

L'avocat général avait requis huit ans de prison ferme ainsi qu’un suivi socio-judiciaire de cinq ans avec injonction de soins et la déchéance de l'autorité parentale sur l'enfant.

Un garagiste de Terrasson (Dordogne) avait découvert l'enfant, en octobre 2013, alors qu'une cliente lui avait laissé son véhicule pour une réparation. Intrigué par des bruits venant du coffre, il avait découvert un «spectacle horrifiant», un bébé de deux ans ou un peu moins, entourée d'excréments, ne pouvant tenir sa tête droite, «blanche comme du plâtre, et avec des yeux révulsés». 

Les pompiers préciseront par la suite, qu'à 15-30 minutes près, l'enfant aurait été «en grand danger, faute d'oxygène. L'attitude de la mère, qui semblait «décontractée», comme si la découverte du bébé était une «délivrance», avait en outre interpellé le garagiste. 

une affaire qui «défie l'imagination» 

La mère, Rose, et son mari, avaient été placés en garde à vue puis mis en examen. L'homme a toujours affirmé n'avoir rien su de la grossesse, ni de la présence du bébé. «Aucun élément n'a permis de démontrer qu'il en avait connaissance», a conclu l'instruction et il a bénéficié d'un non-lieu. 

A l'époque, le procureur de Brive avait reconnu que l'affaire «défie l'imagination». Le couple avait trois autres enfants, âgés de 6 à 12 ans, normalement scolarisés et socialisés. 

La mère, âgée de 50 ans, placée sous contrôle judiciaire, est jugée pour violence suivi de mutilation ou infirmité permanente sur mineur de 15 ans par ascendant, privation de soins ou d'aliments compromettant la santé d'un enfant par ascendant, dissimulation ayant entraîné atteinte à l'état-civil d'un enfant. 

DE MULTIPLES SÉQUELLES 

Des séquelles «permanentes» ont été révélées par des expertises successives. Ainsi, la dernière mi-2016 a relevé un «déficit fonctionnel à 80%», un «syndrome autistique vraisemblablement irréversible», causés par l'isolement et le confinement subis. 

La petite fille, prénommée Séréna, qui aura 7 ans à la fin du mois, vit dans une famille d'accueil en Corrèze. «Elle va bien, si tant est qu'on puisse le dire sous cette forme-là», explique Me Isabelle Faure-Roche, avocate du Service social d'aide à l'enfance du département de Corrèze, partie civile, comme trois associations de protection de l'enfance. 

Séréna «marche, court dans la nature, elle fait du vélo, elle aime faire beaucoup de vélo. Mais elle ne supporte pas d'être enfermée», rapporte une source proche du dossier. «Si vous essayez de lui parler, elle ne vous calcule pas. Elle émet des sons, mais ne parle pas». 

la question du déni de grossesse

Au procès, la question du psychisme de la mère a également été abordée. «On est totalement dans le déni de grossesse», a estimé, tôt dans le dossier, l'avocate de l'accusée, Me Chrystèle Chassagne-Delpech. Selon elle, sa cliente n'a pas commis «le geste fatal» que font de nombreuses femmes en déni de grossesse mais l'a «laissée en vie... d'une certaine façon». 

Dans une interview sur TF1, fin 2013, Rose avait expliqué avoir accouché seule à l'aube. Elle n'en avait parlé à personne le jour-même, ni dans les jours qui avaient suivi. Elle explique s'être «enfermée dans un mensonge, un gouffre», qu'elle s'occupait de la petite fille, la nourrissait, la sortait du coffre, passait du temps avec elle le soir, sans pouvoir «s'en occuper comme des trois autres». 

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