Gilets jaunes : le calme ou la tempête ?

Des gilets jaunes à Rochefort Des gilets jaunes participants à une manifestation contre la hausse des prix du carburant à Rochefort (Charente-Maritime) le 24 novembre dernier. [XAVIER LEOTY / AFP]

Une rencontre à Matignon est prévue vendredi 30 novembre entre le Premier ministre, Edouard Philippe, et les gilets jaunes, avant la manifestation de samedi. Ces derniers espèrent faire enfin reculer le gouvernement, mais un échec pourrait les pousser à se radicaliser.

Une rencontre au sommet. Près de trois semaines après le début de la ­mobilisation, le mouvement des gilets jaunes est à un tournant. Alors que la base continue d’affirmer ses revendications, certains de ses représentants «officiels» doivent rencontrer le Premier ministre, Edouard Philippe, à Matignon vendredi après-midi, à la veille d’une nouvelle journée d’actions cruciale. Le gouvernement souhaite ainsi montrer qu’il entend leur colère et prend en compte leurs demandes. Tout en espérant que cela suffise à calmer la grogne.

Un face-à-face difficile

Une première rencontre a déjà eu lieu il y a quelques jours, entre deux porte-­­parole du mouvement et le ministre de la Transition écologique, François de Rugy. Mais celle-ci s’est avérée infructueuse, les gilets jaunes l’accusant de ne pas montrer «l’envie d’améliorer le sort des gens». Les représentants sont donc, cette fois-ci, reçus directement par le chef du gouvernement, comme ils le ­réclament depuis le départ. Preuve de l’importance de la crise.

A la veille de l’acte III de leur mobilisation, qu’ils ont appelé à être la plus large possible, ils attendent des mesures concrètes. Dans un communiqué diffusé jeudi, ils ont ainsi listé une quarantaine de revendications. Outre l’annulation de la hausse de la taxe carbone sur le carburant, à l’origine du mouvement, elles comprennent, entre autres, la diminution des prix du gaz et de l’électricité, un minimum ­retraite établi à 1 200 euros ou une ­indexation des salaires sur l’inflation.

Des souhaits ayant peu de chance d’être exaucés, comme l’avait fait comprendre Edouard Philippe, mercredi, sur RTL. Le gouvernement gardera le cap fixé par le président, avait-il indiqué. Un discours de fermeté, symbolisé par son refus de répondre favorablement à une autre ­­demande : celle de revaloriser le Smic. «Notre politique, ce n’est pas de faire des coups de pouce au Smic, mais de faire en sorte que le travail paye», avait-il indiqué.

Une intransigeance qui a eu pour effet de resserrer les rangs dans le camp adverse. La rencontre de cet après-midi risque donc de voir le bras de fer atteindre un nouveau degré d’intensité. Au risque, pour le pouvoir en place, de perdre beaucoup. «Le mouvement a gagné la bataille de l’image», analyse le politologue Philippe Moreau-Chevrolet. Plus le gouvernement attend, plus l’addition sera chère. Si la crise perdure, la question de son maintien se posera».

Une suite incertaine

Si les discussions venaient à se conclure sans aucune avancée, la mobilisation des gilets jaunes pourrait connaître une dynamique nouvelle. Largement soutenu par la ­population (75 % des Français approuvent les actions, selon un récent sondage Elabe) et par l’opposition (Le Rassemblement national, La France insoumise, Les Républicains…), le mouvement pourrait incarner une convergence des luttes. Au risque d’une radicalisation et de nouvelles violences.

«L’autorité a été remise en cause, il est impossible de savoir ce qu’il peut se passer maintenant», pointe Philippe Moreau-­­Chevrolet. Alors que des appels à mani­fester ont été lancés à Paris et dans toute la France, la crainte de débor­­dements est donc plus que jamais ­présente. En attendant, peut-être, un possible acte IV.

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