Gilets jaunes : la colère va-t-elle durer ?

Les concessions faites lundi par l’Etat ne semblent pas suffisantes pour forcer les manifestants à arrêter leurs actions.

Au lendemain de la série d’annonces d’Emmanuel Macron pour apaiser la grogne des gilets jaunes, ces derniers sont apparus partagés, hier, sur la suite des actions à mener. Alors que le chef de l’Etat a semblé répondre à leurs attentes concernant le pouvoir d’achat, le mouvement est aujourd’hui à un tournant de son existence, après plus d’un mois de blocages à travers le territoire. Et avec, toujours, le spectre d’un «acte V» le week-end prochain.

Des annonces critiquées

Pour certains, le discours du chef de l’Etat a été suffisamment convaincant pour songer à arrêter les actions. Jacline Mouraud, leader historique de la fronde, a ainsi demandé hier aux manifestants de faire «une trêve», reconnaissant des «avancées» de la part du pouvoir. «On ne peut pas passer notre vie sur des ronds-points», a-t-elle affirmé dans les médias.

Toutefois, pour la majeure partie des contestataires, les annonces ne suffisent pas. L’augmentation de 100 euros des salaires au Smic, via la hausse de la prime d’activité, a certes été saluée. Mais nombreux sont ceux qui l’ont jugée trop faible, notamment pour les personnes fragiles économiquement, d’autant qu’une partie de l’effort est automatique et lié à l’inflation. Une critique partagée par les syndicats. Yves Veyrier, de Force ouvrière, a ainsi indiqué que «le compte n’y (était) pas». Son homologue de la CGT, Philippe Martinez, a lui rappelé sa revendication d’un Smic à 1 800 euros. Pas d’unanimité non plus concernant l’annulation de la hausse de la CSG pour les retraités touchant moins de 2 000 euros par mois. «Ils ont fait un petit geste, mais ce n’est pas terrible», résumait hier l’un d’eux sur France 3. «On veut une augmentation (des pensions)», renchérissait une autre.

Alors que d’autres mesures ont été révélées hier, comme la non augmentation des frais bancaires en 2019, l’Elysée pourrait ne pas échapper à une poursuite du mouvement dans les jours à venir. Dans les rangs des gilets jaunes, de nouvelles revendications sont même en train de naître. La baisse de la TVA ou une meilleure prise en charge des personnes handicapées reviennent ainsi de plus en plus dans les discours. «Ce retard dans la réaction [de l’exécutif a été] une faute», analyse le spécialiste en communication politique Philippe Moreau-Chevrolet. Si bien que la nouvelle journée de mobilisation, samedi, pourrait bien avoir lieu.

Un tournant du quinquennat

Quelle que soit la suite du mouvement, ce dernier est, d’ores et déjà, un des tournants du quinquennat. Car, pour la première fois, le pouvoir a plié. Chose qu’aucun mouvement social initié par les syndicats, à l’image de la longue grève de la SNCF au printemps dernier, n’était parvenu à faire.«Après quatre semaines de combat, les gilets jaunes se sont installés dans le paysage politique, peut-être durablement», ajoute Philippe Moreau-Chevrolet.

Sur certains barrages, les annonces de lundi ont ainsi été perçues par les manifestants comme une première victoire, qui augure d’autres batailles. «Maintenant qu’Emmanuel Macron a commencé [à faire des concessions], on peut avoir ce que l’on veut», se félicitait d’ailleurs un homme, en bloquant un péage près d’Aix-en-Provence. Preuve que la fin d’année pourrait être jaune.

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