La semaine de Philippe Labro : les vertus du champion, le champion du vice

Dans sa chronique, Philippe Labro rend hommage au prodige parisien Kylian Mbappé, étincelant en Ligue des Champions face à Manchester United.[AFP]

Philippe Labro est écrivain, cinéaste et journaliste. Chaque vendredi, pour CNEWS, il commente ce qu'il a vu, vécu et observé pendant la semaine. Un bloc-notes subjectif et libre.

mercredi 13 février

«Ça suffit.» «Y en a marre.» «C’est assez.» Autant d’expressions que l’on entend de plus en plus, dans la rue, les bistros, les petits commerces, au bureau, dans le métro – comme si, devant une succession d’actes alarmants, un sentiment de lassitude venait se mêler à celui de dégoût.

Assez de l’antisémitisme, dont on annonce que les actes ont augmenté de 74 % en 2018. Assez de ces croix gammées sur le portrait de Simone Veil, du mot «Juden» sur la vitrine d’une boutique parisienne, de ces arbres plantés à la mémoire d’Ilan Halimi et que l’on a sciés. Assez, aussi, des églises fréquemment profanées (neuf en huit jours). Et des mosquées et des synagogues, qui subissent des attaques. Tout lieu de culte et toute religion méritent le respect.

Assez de la violence, haineuse, imbécile, porteuse de fausses nouvelles sur les réseaux sociaux, devenus les poubelles des plus bas instincts. Assez des menaces et dégradations à l’égard des hommes politiques et des institutions de la République. Assez des blocages de journaux, assez de l’entrave à la liberté de la presse. Assez des dégâts et des pertes dus aux cassages du samedi – ce «samedisme» qui ouvre la porte aux ultras, de droite comme de gauche. Les gilets jaunes, les authentiques, sont instrumentalisés par ces extrémistes. Eux aussi peuvent crier : «Assez !»

Peut-on s’attendre à ce que le grand débat apporte une ou plusieurs réponses ? L’imprévisible règne. Et néanmoins – et c’est admirable –, la majorité de la France continue de fonctionner, travailler, entreprendre, produire, éduquer, servir, distraire… Je retiens un mot de Kylian Mbappé, après la victoire du PSG contre Manchester United. Le jeune prodige faisait allusion aux doutes émis avant le match par certains commentateurs : on allait se faire battre. Les prophètes de malheur se sont trompés. Le PSG a été costaud, organisé, et le 2-0 est un score justifié. Alors, à propos des craintes exprimées avant l’épreuve, Mbappé a dit : «Faut arrêter de vendre la peur.» Eh bien, devant les difficultés actuelles, ce que, le même soir, le philosophe et sociologue Marcel Gauchet appelle «l’instabilité démocratique», il n’y a qu’une seule réponse : tenir bon, «mettre les problèmes sur la table, nommer les choses» et tenter d’y remédier. Et ne pas avoir peur.

JEUDI 14 FÉVRIER

On va, sans doute, beaucoup parler de cinéma dans les jours qui viennent, à l’approche de la cérémonie des Césars, le 22 février, et de celle des Oscars, le 24. Et aussi parce que l’on a rarement eu droit à autant de bons films. J’en signale un, cette semaine, qui, sous le titre de Vice, raconte comment le vice-président des Etats-Unis sous George W. Bush, un certain Dick Cheney, a réussi à s’emparer de la Maison Blanche. Cet homme, grâce à son cynisme, son intelligence, son goût pour l’exercice du pouvoir, sa capacité à tirer les ficelles dans l’ombre d’un président faible et incompétent, a profondément modifié le cours des choses.

Sans lui, et sans son complice Donald Rumsfeld, Wa­shington n’aurait pas engagé une guerre en Irak, sous prétexte d’éliminer des armes de destruction massive qui, en réalité, n’existaient pas. Cette intervention a provoqué les désastres du Moyen-Orient et fait naître un autre «ordre mondial», ou plutôt un désordre. Le long-métrage, brillant, satirique, est filmé et monté de façon éblouissante, avec ce savoir-faire américain du récit. Vice, huit fois nommé aux Oscars, est ce que l’Amérique sait faire de mieux dans un genre que, dé­sormais, les séries télé ont adopté. Il y a un interprète hors norme, Christian Bale. C’est signé Adam McKay. Deux heures et douze minutes de distraction et d’information. Toujours bon à prendre en ces temps tourmentés.

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