Qu’est-ce-que la théorie du «Grand remplacement» citée par le terroriste de Christchurch ?

Quelques heures avant l'attaque, l'un des terroristes avait publié sur Twitter un manifeste pour expliquer son geste, intitulé «Le Grand remplacement. Vers une nouvelle société».[Illustration du manifeste ]

Au moins 49 personnes ont été tuées et vingt autres grièvement blessées, vendredi 15 mars, lors d'une attaque terroriste contre deux mosquées de la ville de Christchurch, en Nouvelle-Zélande. Quatre suspects d'une vingtaine d'années ont été arrêtés. Quelques heures avant l'attaque, l'un d'entre eux avait publié sur Twitter un manifeste pour expliquer son geste, intitulé «Le Grand remplacement. Vers une nouvelle société».

Ce document de 74 pages explique très clairement que le tireur voulait s'en prendre à des musulmans

Une thèse d'extrême-droite

Le titre et le contenu du texte semblent s'inspirer de la thèse de l'écrivain Renaud Camus, un Français proche du Rassemblement national. En 2003, ce dernier a écrit un manifeste alarmiste intitulé «Non au changement de peuple et de civilisation». «Le Grand remplacement est le choc le plus grave qu'ait connu contre la patrie depuis le début de son histoire unique puisque, si le changement de peuple et de civilisation, déjà tellement avancé, est mené jusqu'à son terme, l'histoire qui continuera ne sera plus la sienne, ni la nôtre», peut-on lire.

Et c'est dans son livre auto-édité «Le Changement de peuple», paru en 2013, que Renaud Camus développe sa théorie. Il y évoque la supposée substitution des «peuples européens» dits «de souche» par des «immigrés extra-européens.»

Pour l'essayiste, il est impossible que le peuple français puisse cohabiter avec des peuples dits «allogènes» non-européens sans perdre son identité. Il prend l'exemple des Etats-Unis, le pays du «melting-pot», où «le changement du peuple est en cours comme chez nous» et la situation telle que «les descendants des bâtisseurs de cette nation s'y trouvent désormais minoritaires.»

Et c'est sous cet angle qu'il faut interpréter le manifeste du terroriste de Christchurch car à travers cet acte terroriste, il mène une «action de partisans contre une force d'occupation».

UN RACISME ASSUMÉ

Le terroriste néo-zélandais explique dès les premières lignes de son manifeste que «tant qu'un blanc vivra, les envahisseurs ne conquerront jamais nos terres et ne remplaceront jamais notre peuple». Il affirme qu'il combat ainsi «génocide blanc», une formule empruntée depuis quarante ans par l'extrême-droite radicale anglo-saxonne. «Nous devons assurer l'existence de notre race et un futur pour les enfants blancs», une thèse mondialement répandue et utilisée par les racistes, extraite du «Manifeste du génocide blanc» du néonazi américain David Lane.

Et c'est le voyage en France de ce Néo-Zélandais «qui a fait déborder le vase». «Dans chaque ville française, dans chaque village, les envahisseurs étaient là», «les Français étaient en minorité», déplore-t-il. Un constat qui semble rejoindre celui de Jean-Marie Le Pen, en 20014. «Les Noirs et les Arabes vont remplacer les Français de souche; ils veulent saper la civilisation française; il suffit d'ouvrir les yeux pour s'en rendre compte mais les élites nient cette réalité.»

Et pour mettre fin au «grand remplacement», la voie électorale ne suffit plus pour l'auteur de ce manifeste. En effet, il justifie sa radicalisation par la défaite, lors de la dernière élection présidentielle en 2017 en France, de la candidate frontiste Marine Le Pen. «La possibilité d'une victoire de la candidate quasi-nationaliste était au moins pour moi, un signe que peut-être une solution politique était encore possibe». Mais après la victoire du candidat LREM, Emmanuel Macron, «sa croyance en une solution démocratique a disparu».

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