Le président Xi poursuit sa tournée européenne en France, après une étape à Monaco

Le président chinois Xi Jinping, en mini-tournée européenne pour soutenir son ambitieux programme économique des «Nouvelles routes de la soie», a été reçu dimanche soir sur la Côte d'Azur par son homologue français Emmanuel Macron pour un dîner privé, après une visite d'Etat inédite dans la petite Principauté à Monaco.

Précédés par le couple Macron, M. Xi et son épouse sont arrivés vers 19H00 locales (18H00 GMT) à la villa Kérylos, villa-musée Belle Epoque, aux réminiscences grecques, surplombant la Méditerranée à Beaulieu-sur-Mer, à quelques kilomètres de Nice. A son arrivée, M. Xi a fait le tour de la villa avec Emmanuel Macron, admirant le coucher de soleil sur la mer. «Je suis ravi de vous accueillir en France», a glissé le président français.

La petite cité balnéaire était ultra-surveillée pour cette visite, et la route du littoral coupée à toute circulation sauf pour les riverains. Le couple présidentiel chinois logera à Nice sur la célèbre Promenade des Anglais au luxueux hôtel Negresco.

Manuscrit et vase précieux

A Beaulieu-sur-Mer, Emmanuel Macron, a offert à son homologue une traduction de Confucius en français datant du XVIIe siècle, un manuscrit précieux illustrant notamment les débuts de la sinologie européenne. Xi-Jinping lui a quant lui offert un vase spécialement conçu pour l'occasion, associant des dessins représentant leurs deux pays.

Le président français, qui tente d'unifier l'approche européenne face à la Chine, à la fois rival et partenaire, a associé l'Allemagne et l'Union européenne à la visite du président Xi en France, dont le volet officiel ne démarrera véritablement que lundi à Paris. Alors que l'Europe est en plein questionnement sur les ambitions diplomatiques et commerciales de la Chine, MM. Xi et Macron seront rejoints mardi à Paris par la chancelière allemande Angela Merkel et le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker, pour un des moments clés de cette visite. 

En Italie, M. Xi a promis une «nouvelle route de la soie» à double sens, pour tenter de désamorcer les inquiétudes que font naître ses desseins économiques à Bruxelles et à Washington. L'annonce de la participation de l'Italie à ce pharaonique projet d'infrastructures maritimes et terrestres --via un protocole d'accord «non contraignant», a précisé le chef du gouvernement italien Giuseppe Conte-- a été fraîchement accueillie par certains partenaires européens. Emmanuel Macron a critiqué le cavalier seul italien et des responsables allemands ont abondé, notamment le ministre allemand des Affaires Etrangères Heiko Haas, ou encore le commissaire européen chargé du budget, Günther Oettinger.

La visite du dirigeant chinois en France sera aussi sûrement ponctuée d'annonces de contrats commerciaux, parallèlement à «des échanges de vues approfondis sur les relations sino-françaises, les relations sino-européennes, ainsi que les questions internationales et régionales d'intérêt commun», selon une source officielle chinoise. Elle s'inscrit dans le cadre du 55e anniversaire des relations bilatérales entre les deux pays.

Succès pour Monaco

La suite de la visite de M. Xi sera aussi ponctuée de manifestations d'opposants. Dès dimanche, un millier de manifestants soutenant la cause tibétaine se sont ainsi massés place du Trocadéro en face de la Tour Eiffel et d'autres rassemblements sont annoncés lundi à Paris par des organisations de défense des droits de l'homme.

M. Xi, avant son dîner avec le président français, s'était auparavant rendu à Monaco à la mi-journée, où il a déjeuné et passé deux heures et demi pour des entretiens bilatéraux dans le domaine économique. Cette rencontre constituait un succès diplomatique historique pour le souverain monégasque Albert II: hormis la France, Monaco et ses 38.000 résidents n'avaient jamais accueilli de dirigeant d'une grande puissance, membre du conseil de sécurité de l'ONU. 

Outre les intérêts croisés dans le tourisme de luxe et les casinos, Monaco sera en 2019 le premier territoire étranger test pour le déploiement de la 5G par Huawei, le géant chinois des télécoms dont Washington craint qu'il ne puisse servir à Pékin pour espionner les communications de l'Occident.


«C'est évident qu'il y a des intérêts économiques mais Monaco sait aussi très bien jouer la carte du prince et de l'attrait pour un temps révolu qui ne subsiste qu'à quelques endroits dans le monde», a commenté auprès de l'AFP le sinologue Jean-Paul Desroches, qui avait coordonné une exposition croisée consacrée aux dynasties Qing en 2017 à Monaco et Grimaldi en 2018 à Pékin.

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