Une pièce de théâtre boycottée à la Sorbonne après des accusations de «blackface»

(Illustration) Une cinquantaine de manifestants postés devant l'amphithéâtre Richelieu ont empêché les spectateurs d'entrer [PHILIPPE LOPEZ / AFP]

La prestigieuse université parisienne La Sorbonne se retrouve au cœur d'une polémique depuis le début de semaine. Une pièce de théâtre qui devait être jouée lundi 25 mars dans un des amphithéâtres de l'établissement a été boycottée par plusieurs associations luttant contre le racisme et la négrophobie.

Une cinquantaine de manifestants postés devant l'amphithéâtre Richelieu ont empêché les spectateurs d'entrer. 

En cause, les masques noirs que devaient porter les comédiennes incarnant les Danaïdes (le filles de Danaos) dans cette version de la pièce Les Suppliantes d'Eschyle.

La Ligue de défense noire africaine (LDNA), la Brigade anti-négrophobie et le Conseil représentatif des associations noires (Cran) ont dénoncé une mise en scène «racialiste». Le Conseil représentatif des associations noires de France (CRAN) a affirmé avoir été contacté par des étudiants «outrés» par la nature de la représentation et avoir alors lancé un appel au boycott à la suite de ces signalements.

Sous le titre «Blackface: propagande coloniale à la Sorbonne», Ghyslain Vedeux, son président, écrit sur son site que «la grande majorité des étudiants de cet établissement refusent d'être associés à cette propagande afrophobe, colonialiste et raciste». 

Pour rappel, le«blackface» est une pratique raciste, qui consiste pour une personne blanche à «se déguiser» en une personne de couleur.

«Une atteinte à la liberté de création»

Dans un communiqué, la présidence de la Sorbonne a condamné l'incident et dénoncé une «atteinte très grave et totalement injustifiée à la liberté de création» et un «procès d'intention» qui est fait à la troupe Démodocos. Les organisateurs du spectacle ont quant à eux affirmé qu'il n'y avait «aucune intention parodique ou malveillante».

Les ministres de l'Enseignement supérieur et de la Culture ont également publié un message de protestation sur leur compte Twitter. Dans ce communiqué commun, ils «condamnent fermement (une) atteinte à la liberté d'expression». Les membres du gouvernement «adressent leur plein soutien à l'université, au metteur en scène de cette pièce, ainsi qu'aux comédiens» et «souhait(ent) qu'une nouvelle représentation puisse avoir lieu dans les prochaines semaines».

Philippe Brunet, le metteur en scène de la pièce, avait rappelé sa conception du théâtre, un «lieu de la métamorphose, pas refuge des identités», sur Facebook, le 23 mars.

Frédérique Vidal et Franck Riester ont souhaité qu'«une nouvelle représentation des Suppliantes puisse avoir lieu dans les prochaines semaines» et soit «accueillie dans le cadre privilégié du grand amphithéâtre de la Sorbonne, où elle se déroulera dans les meilleures conditions».

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