Que faire des enfants de Daesh ?

De nombreux enfants de jihadistes peuplent les camps syriens de réfugiés.[Delil SOULEIMAN / AFP]

Depuis plusieurs semaines, le rapatriement en France des enfants de jihadistes est au centre d’un véritable imbroglio.

Le Tribunal administratif de Paris devait d’ailleurs examiner mardi un recours en urgence concernant le retour sur notre territoire de deux femmes ayant appartenu à Daesh et de leurs enfants, alors qu’ils sont actuellement retenus en Syrie. Une action en justice qui vient s’ajouter à un débat déjà particulièrement intense. Entre la douleur des familles, le soutien des association et la méfiance des autorités, il n’est pas simple de satisfaire tout le monde.

Des situations diverses à gérer

Lundi, une grand-mère a lancé  un appel  de détresse à Emmanuel Macron. Elle a demandé au chef de l’Etat que son petit-fils, dont les parents étaient des jihadistes, morts à Raqqa en 2017, lui soit rendu. Comme de très nombreuses familles, elle s’indigne que le garçon soit abandonné par son pays, dans des conditions dangereuses.

Affaiblis par le froid, la faim et la soif, les enfants retenus dans les camps syriens seraient en effet menacés par des maladies graves, comme la tuberculose ou le choléra. Ils seraient également la cible d’autres réfugiés, qui cherchent à se venger des exactions subies sous Daesh. C’est pourquoi plusieurs avocats ont saisi la Cour européenne des droits de l’Homme ou l’Onu, pour contraindre la France à agir.

l'état souhaite que les mères «renoncent à la garde»

Entre 200 et 300 enfants seraient aujourd’hui concernés, à travers l’Irak et la Syrie, a annoncé jeudi dernier le secrétaire d’Etat à l’Intérieur, Laurent Nuñez. Mais pour le gouvernement, chaque cas doit être étudié séparément, avant d’envisager un retour. En relation avec la Croix-Rouge, sur le terrain, les enfants de nationalité française sont ainsi recensés. Ceux n’ayant plus de parents sur place sont ciblés en priorité, comme ce fut le cas pour cinq orphelins, rapatriés le 15 mars.

Pour les autres, dont la mère est le plus souvent toujours vivante, un second problème se pose. Il faudrait que celle-ci «renonce à la garde», a indiqué dimanche Jean-Yves Le Drian, ministre des Affaires étrangères, dans Ouest France. Ce fut notamment le cas en 2018, lorsqu’une Française a été condamné à perpétuité en Irak. Ses trois enfants ont alors pu rentrer sur le territoire national, avec l’accord de la mère. Mais cette façon de faire ne convient pas à la plupart des familles. Pour elles, il est impensable de séparer les petits de leurs parents, même jihadistes.

La fermeté vis-à-vis des adultes

La France se montre en revanche intraitable lorsqu’il s’agit des adultes. Il est impensable, pour le gouvernement, de rapatrier des ressortissants affiliés à Daesh, hommes ou femmes. «Ce sont des combattantes, des militantes du jihadisme. Elles doivent être traitées comme telles», a prévenu Jean-Yves Le Drian. Selon lui, ces dernières sont des ennemies de la nation et aucun passe-droit ne doit leur être accordé. Ce serait donc à la justice locale de les juger.

Une posture qui s’inscrit en adéquation avec l’opinion des Français, dont près de 90 % se déclaraient «inquiets» d’un éventeul retour de jihadistes adultes, dans un sondage paru fin février. De quoi valider la fermeté de l’Etat.

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