De Victor Hugo à Gérard de Nerval : Notre-Dame de Paris célébrée par la littérature

Notre-Dame de Paris n'a eu de cesse d'être célébré dans le monde des livres Notre-Dame de Paris n'a eu de cesse d'être célébré dans le monde des livres[Crédit THOMAS SAMSON / AFP]

Notre-Dame de Paris, joyau du patrimoine culturel français, a toujours inspiré écrivains et poètes. Voici les écrits les plus célèbres sur la cathédrale.

Victor Hugo, l'incontournable

Indissociable de Notre-Dame de Paris, l’œuvre éponyme de Victor Hugo rend un puissant et vibrant hommage à l’église. Le livre III de son chef d’œuvre lui est d’ailleurs presque entièrement consacré.

Un passage du roman (dans le livre X) fait écho à la triste actualité de 2019 : «Tous les yeux s’étaient levés vers le haut de l’église. Ce qu’ils voyaient était extraordinaire. Sur le sommet de la galerie la plus élevée, plus haut que la rosace centrale, il y avait une grande flamme qui montait entre les deux clochers avec des tourbillons d’étincelles, une grande flamme désordonnée et furieuse dont le vent emportait par moments un lambeau dans la fumée.»

De nombreux internautes ont fait de ces mots une image, à l'instar du journaliste et philosophe Raphaël Enthoven :

Au-delà de l’histoire célèbre de Quasimodo et Esmeralda, Victor Hugo fait de Notre-Dame un personnage à part entière et alerte à de nombreuses reprises ses contemporains sur le mauvais état de la cathédrale. Alors que le roman est publié en 1832, la restauration de l’église par l’architecte Viollet-le-Duc peu de temps après a été en partie motivée par le succès du livre.

Paul Claudel, illuminé par Notre Dame

En 1886, l’écrivain Paul Claudel a une révélation dans la nef de la cathédrale. Il raconte cet épisode de sa vie dans « Œuvres en prose » (1913). Alors que le frère de Camille Claudel s’était rendu dans la cathédrale pour la messe de Noël  avec un « plaisir médiocre », il y revint au moment des vêpres :

«Les enfants de la maîtrise en robes blanches et les élèves du petit séminaire de Saint Nicolas du Chardonnet qui les assistaient, étaient en train de chanter ce que je sus plus tard être la Magnificat. J’étais moi-même debout dans la foule, près du second pilier à l’entrée du chœur à droite du côté de la sacristie. Et c’est alors que se produisit l’événement qui domine toute ma vie. En un instant mon cœur fut touché et je crus. Je crus, d’une telle force d’adhésion, d’un tel soulèvement de tout mon être, d’une conviction si puissante, d’une telle certitude ne laissant place à aucune espèce de doute, que, depuis, tous les livres, tous les raisonnements, tous les hasards d’une vie agitée, n’ont pu ébranler ma foi, ni, à vrai dire, la toucher.»

Louis Aragon, amoureux de Paris

Un peu plus tard et sans la dimension religieuse de Paul Claudel, Louis Aragon aussi, semble illuminé par le monument :

«Qui n’a pas vu le jour se lever sur la Seine

Ignore ce que c’est que ce déchirement

Quand, prise sur le fait, la nuit qui se dément

Se défend, se défait les yeux rouges obscène

Et Notre-Dame sort des eaux comme un aimant »

(Extrait de «Il ne m'est de Paris que d'Elsa», 1964)

Théophile Gautier, admirateur de sa beauté

Le poète et critique littéraire Théophile Gautier (1811 – 1872) lui aussi amateur du roman de Victor Hugo, a écrit : «Ton livre dans ma poche, aux tours de Notre-Dame ; je suis allé souvent, Victor». Il consacre ainsi en 1838 à la cathédrale l’un de plus beaux et longs poèmes. Plus de 150 vers qui célèbrent la grandeur du lieu :

« Cathédrales de brume aux arches fantastiques ; 

Montagnes de vapeurs, colonnades, portiques

Que c'est grand ! Que c'est beau ! Les frêles cheminées, De leurs turbans fumeux en tout temps couronnées ». 

Gerard De Nerval, triste visionnaire

D’autres célèbreront sa puissance face au temps. Certains doutant pourtant, lui présageant, dans des milliers d’années un triste sort à l’instar de Gérard de Nerval qui dans son recueil «Odelettes», écrit en 1853 :

«Notre-Dame est bien vieille : on la verra peut-être

Enterrer cependant Paris qu’elle a vu naître ;

Mais, dans quelque mille ans, le Temps fera broncher

Comme un loup fait un bœuf, cette carcasse lourde,

Tordra ses nerfs de fer, et puis d’une dent sourde

Rongera tristement ses vieux os de rocher !

Bien des hommes, de tous les pays de la terre

Viendront, pour contempler cette ruine austère,

Rêveurs, et relisant le livre de Victor :

— Alors ils croiront voir la vieille basilique,

Toute ainsi qu’elle était, puissante et magnifique,

Se lever devant eux comme l’ombre d’un mort !»

Charles Peguy, un poète parmi les saints

Charles Péguy lui aussi s’adresse à Notre-Dame dans «Le  Porche du mystère de la deuxième vertu», en 1911, dépeignant notamment les saints patrons sculptés sur son portail : 

« Mais il vient un jour, il vient une heure,

il vient un moment où saint Marcel et sainte Germaine,

Et saint Germain lui-même et notre grande amie

cette grande sainte Geneviève,

Et ce grand saint Pierre lui-même ne suffit plus

Et où il faut résolument faire ce qu’il faut faire…

…Et s’adresser directement à celle qui est au-dessus de tout… »

Plaçant ainsi Notre-Dame de Paris sous le patronnage de la vierge Marie. 

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