Où en est le Grand Paris, 10 ans après le discours fondateur de Nicolas Sarkozy ?

Alors président de la République, Nicolas Sarkozy avait prononcé un discours au Palais de Chaillot. [© FRANCOIS MORI / POOL / AFP]

Le 29 avril 2009, Nicolas Sarkozy, alors président de la République, prononçait un discours dans lequel il détaillait sa vision du Grand Paris et annonçait officiellement les grands axes de ce projet titanesque. Voici l'état d'avancement des principaux points, dix ans après.

créer un supermétro : en cours

Il s'agissait de l'annonce phare de Nicolas Sarkozy : la création d'un «grand métro automatique régional». D'une longueur de 130 km, il devait desservir «les grandes polarités urbaines de demain», à savoir un tracé défini par le secrétaire d'Etat Christian Blanc reliant Roissy, Orly, La Défense, Saclay, Massy, Clichy-Montfermeil, Noisy, Saint-Denis Pleyel, etc. Le président de la République prévoyait alors «dix ans en allant vite pour construire les infrastructures du nouveau système de transport».

Côté finance, l'enveloppe était estimée à 35 milliards d'euros au total pour «optimiser» les transports franciliens (avec la rénovation des RER, la prolongation de la ligne 14 et du RER Eole, création du CDG Express, etc.), dont 21 milliards d'euros pour le supermétro.

Depuis, les gouvernements successifs ont finalement opté pour un réseau d'un longueur totale de 200 km et 68 gares. Cependant, les calendriers des lignes 15,16,17 et 18, ainsi que les lignes 11 et 14 prolongées, ont été maintes fois repoussés. A tel point que si les  travaux initiaux de préparation ont débuté en 2015, les premiers tunneliers du «chantier du siècle» ont réellement commencé à creuser en juin 2018, sur la ligne 15 sud. Soit un an environ avant la date finale annoncée par Nicolas Sarkozy. Ainsi, la mise en circulation des lignes du Grand Paris Express devrait commencer à partir de 2025, progressivement jusqu'en 2030.

La facture, elle, a explosé. La Cour des comptes a pointé début 2018 «un budget de plus de 38 milliards d'euros dont 13 milliards de dérapages». Les responsables du GPE essayent bien de faire des économies, mais au risque de ralentir les travaux, alors que plusieurs tronçons ont été promis pour les JO 2024.

Creuser un Canal Seine-Nord : en projet

Le chef de l'Etat confirmait une idée du Grenelle de l'Environnement de 2007, visant à perçer un nouveau canal entre Compiègne (Oise) et Aubencheul-au-Bac (Nord). Cet énorme projet de 106 km avait une vision stratégique : «désenclaver le bassin de la Seine». Il était complété par la création d'un grand port industriel à Achères (78), à l'embranchement entre la Seine vers Le Havre et l'Oise vers le Bénélux. Objectif du président de la République : «penser le développement de la métropole du Grand Paris sur la grande échelle de la vallée de la Seine jusqu'à la mer». Et ce, «dès 2015».

Depuis, en raison de problèmes de financement, ce chantier pharaonique a été retardé à plusieurs reprises. Il faut dire qu'il se chiffre entre 4,5 et 5 milliards d'euros. Finalement, les appels d'offres ont été lancés au début de l'année 2019, pour un début des travaux escomptés vers la fin du premier semestre 2020. L'inauguration est espérée au second semestre 2027.

ériger le Tribunal de Paris aux Batignolles : fait

Alors qu'un débat faisait rage entre la mairie de Paris et l'Etat depuis plusieurs années à propos d'une implantation dans le 13e arrondissement, Nicolas Sarkozy tranchait concernant le site de la future cité judiciaire de Paris. Il optait finalement pour le quartier des Batignolles, dans le 17e.

Depuis, un titan de verre de 38 étages et 120.000 m2 est sorti de terre dans le nord-ouest de la capitale. La première audience a eu lieu en avril 2018, soit près de cinq après le début des travaux.

Créer un pôle scientifique à Saclay : en cours

Alors que la création d'un grand pôle technologique sur le plateau de Saclay (91 et 78) est l'une de ses promesses de campagne, le locataire de l'Elysée s'engageait concrètement pour sa création, en promettant un investissement de l'Etat de «850 millions d'euros». Un an plus tard, il annonçait les futures installations sur place de l'Ecole centrale de Paris, de l'Ecole nationale supérieure de Cachan ou encore d'Agro Paris-Tech.

Depuis, l'Université Paris-Saclay a officiellement été créée en 2014, notamment autour de Polytechnique, tandis que plusieurs établissements prestigieux doivent y ouvrir leurs portes en 2019. Ainsi, un regoupement des universités et des écoles doit être entériné l'an prochain, donnant naissance à un géant universitaire de 65.000 étudiants. De nombreuses entreprises du secteur numérique ont également ouvert des labos, comme IBM par exemple.

Construire 70.000 logements par an : Fait

Le chef de l'Etat se montait aussi ambitieux sur le plan du logement. Il ambitionnait de doubler le nombre de constructions qui se faisait alors à l'époque en région parisienne, «pour résorber le déséquilibre entre l'offre et la demande».

Depuis, cet objectif de 70 000 logements par an a été inscrit dans la loi relative au Grand Paris en 2010, pour une durée de vingt-cinq ans. Cela représente ainsi au total plus de 1,5 million d'habitations supplémentaires sur la période.

Après une période de crise qui s'est prolongée jusqu'en 2013, la production a augmenté progressivement, jusqu'à atteindre cet objectif pour la première fois sur l'année 2016, avec 71.000 mises en chantier en Ile-de-France. Un chiffre qui a atteint 82.000 nouveaux logements en construction en 2017, et s'est établi à 78.400 l'an dernier.

Planter une forêt vers Roissy : En projet

«La proposition mérite que l'on s'y arrête». Nicolas Sarkozy marquait ainsi son intérêt pour un projet visant à planter une nouvelle forêt d'un million d'arbres sur une plaine de 2.500 hectares à proximité de l'aéroport de Roissy (95). «Elle permettrait à elle seule de capturer treize tonnes de carbone par an, soit un centième de l'impact actuel de la consommation et des déchets de la Ville de Paris», soulignait le président dans son discours.

Depuis, cette perspective de «poumon vert» s'est heurtée à la volonté de la mairie de Paris, qui possède l’une des parcelles, et souhaitait s’en servir pour stocker des déchets provenant du Grand Paris. Un projet finalement rejeté en 2016 par le Syndicat mixte pour l'aménagement de la plaine de Pierrelaye-Bessancourt (SMAPP). Des élus ont ensuite repris le flambeau et une concertation publique a été ouverte l'an dernier à propos de la création de cette forêt. 

La gouvernance du Grand Paris : échec

Alors qu'il s'engageait concrètement sur plusieurs sujets, le locataire de l'Elysée bottait en touche concernant la politique, souhaitant «faire passer l'émergence d'un projet collectif avant la réforme institutionnelle et administrative» ainsi que «laisser de côté tous les enjeux de pouvoir». Une prudence qui pouvait s'expliquer par la puissance de la gauche, qui tenait alors la région (Jean-Paul Huchon) ainsi que la mairie de Paris (Bertrand Delanoë).

Depuis, si la métropole du Grand Paris a bien vu le jour officiellement le 1er janvier 2016, la question de l'étendue de ses compétences n'a cessé de se poser depuis une décennie. Emmanuel Macron a pendant un moment voulu la réformer, avec la suppression des départements de petite couronne un temps évoquée, avant d'enterrer le projet. Le mille-feuilles administratif, peu compréhensible pour ses habitants, subsiste encore en Ile-de-France.

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