Philippe Plagnieux, historien de l'art : «La précipitation d'Emmanuel Macron sur la restauration de Notre-Dame est inquiétante»

Des travaux pour sécuriser la cathédrale Notre-Dame de Paris sont actuellement en cours, après l'incendie du 15 avril dernier. Des travaux pour sécuriser la cathédrale Notre-Dame de Paris sont actuellement en cours, après l'incendie du 15 avril dernier. [BERTRAND GUAY / AFP]

Dans une tribune publiée dans Le Figaro ce lundi 29 avril, plus de 1 000 spécialistes du patrimoine appellent Emmanuel Macron à éviter la «précipitation» dans la restauration de la cathédrale Notre-Dame de Paris. Pour l'un des signataires, Philippe Plagnieux, professeur d'histoire de l'art à l'Université Paris-Sorbonne, il est nécessaire de prendre son temps et d'écouter les experts pour un monument aussi célèbre et symbolique.

Emmanuel Macron a déclaré qu'il souhaitait une restauration de Notre-Dame en cinq ans. Pourquoi cela vous effraie-t-il ?

La précipitation montrée par le chef de l'Etat inquiète tout le monde. Il ne faut pas vouloir aller trop vite, car cela pourrait être dommageable pour le monument, si les travaux sont mal faits. Tant que les experts du patrimoine ne se seront pas prononcés, on ne connaîtra pas le temps qu'il faudra réellement pour restaurer Notre-Dame. Savoir exactement la pathologie de l'édifice, ce qu'il convient de faire, choisir le projet que l'on veut, cela peut être relativement long.

Il faut aussi laisser le temps aux spécialistes d'inspecter les ruines de la charpente qui sont encore là. Les bois brûlés peuvent livrer des tas d'informations. Il ne faut pas déblayer cela trop rapidement.

Que pensez-vous de la loi d’exception, présentée par le gouvernement la semaine dernière, destinée à passer outre certaines procédures pour aller plus vite dans la restauration ?

Ce n'est pas une mauvaise chose en soi, mais il faut des garde-fous. Le gouvernement doit garantir qu'il fera appel pour ces travaux à des experts qui connaissent le patrimoine ancien, à des entreprises agréées monuments historiques, qui ont ce savoir-faire. On n'agit pas sur du patrimoine ancien comme sur du patrimoine contemporain. C'est une vraie spécialité.

Il est également très important d'écouter l'avis des spécialistes. C'est eux qui doivent donner le tempo des travaux. S'ils pensent que le délai doit être plus long que cinq ans, qu'on les écoute. Qu'on les aide à aller plus vite, très bien, mais il faut que l'exception n'en soit pas totalement une, et qu'elle respecte un certain nombre de procédures et de garanties.

Mais Emmanuel Macron veut que Notre-Dame soit restaurée pour les Jeux Olympiques 2024 à Paris...

Notre-Dame est un monument suffisamment important dans le patrimoine mondial pour que l'on puisse l'étudier pour lui-même et pas en fonction d'autres événements. Pour Emmanuel Macron, ce n'est pas le monument qui prime en quelque sorte, et c'est ça qui effraie. Pour un édifice qui a déjà souffert, c'est une double peine.

Et le problème avec cette opération de communication autour des Jeux Olympiques, c'est que l'on risque de faire des travaux qu'il faudra refaire dans quelques années, quand on s'apercevra qu'ils ne sont pas adaptés ou mal faits.

Que pensez-vous du concours international d’architecture que le gouvernement veut lancer pour la flèche de Notre-Dame ?

C'est un vrai débat. Qu'il y ait une réflexion, pourquoi pas. Même si, en tant qu'historien de l'art, je préférerais une reconstruction à l'identique. En effet, s'il y a eu tant d'émotions lors de l'incendie, c'est parce que la silhouette de Notre-Dame est mondialement connue. Est-on en droit de changer cette silhouette ? Laissons ce débat émerger. Par ailleurs, le même problème se pose toujours : comment peut-on dire que l'on veut reconstruire en cinq ans alors que l'on ne connaît même pas le projet que l'on va adopter ?

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