Six mois de gilets jaunes : que deviennent les figures du mouvement ?

Eric Drouet et Jérôme Rodrigues, leaders informels des gilets jaunes, le 30 janvier, lors d'une conférence de presse. Eric Drouet et Jérôme Rodrigues, leaders informels des gilets jaunes, le 30 janvier, lors d'une conférence de presse. [© BERTRAND GUAY / AFP]

Priscillia Ludosky, Maxime Nicolle, Eric Drouet... Anciens anonymes, passés de l'ombre à la lumière en quelques semaines, ils sont devenus les figures de proue du mouvement des gilets jaunes né le 17 novembre dernier. Après six mois de mobilisation, où en sont-ils ?

PRISCILLiA LUDOsky

Elle est la gilet jaune «originelle», celle qui a exprimé la colère de la France dite périphérique avant tous les autres. Dès mai 2018, en effet, Priscillia Ludosky avait lancé une pétition «pour une baisse du prix des carburants à la pompe», dont le nombre de signatures avait explosé à l'automne, et qui avait fini par impulser le mouvement de révolte.

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© Eric Feferberg / AFP

Depuis, cette auto-entrepreneuse de 33 ans est l'un des principaux visages de la contestation. Lors de la journée du 1er Mai, elle a manifesté à Paris, aux côtés des gilets jaunes et des syndicats. «J'espère pouvoir continuer à me battre autrement, avec d'autres méthodes, par le biais du monde associatif par exemple. Je n'arrêterai pas de militer», avait-elle assuré au micro de France Info. Comme un indice de sa détermination, elle a d'ailleurs listé les dates des prochaines manifestations hebdomadaires jusqu'au 25 mai.

Jacline Mouraud

Sa vidéo coup de gueule contre la hausse du carburant et la «traque des automobilistes» par l'Etat, publiée mi-octobre, avait été vue plus de six millions de fois sur Facebook. Hypnothérapeute de profession, devenue égérie de la fronde populaire, Jacline Mouraud a finalement lancé en janvier son mouvement politique, baptisé «Les Emergents». Un parti «du bon sens, sans étiquette», avec dans le viseur les municipales de 2020. 

Sauf que, fin avril, plusieurs de ses membres ont annoncé leur départ, mettant en cause «le culte de la personnalité» de la fondatrice. «Absence de concertation, directives confuses, manque de transparence financière et relationnelle... Elle a mis un logo avec un M en allusion à Mouraud», peut-on lire dans un communiqué signé par les anciens secrétaire, trésorier et conseiller presse du parti, cités par LCI. La gilet jaune a dit «prendre acte» de cette vague de démissions. En outre, déçue des annonces post-grand débat d'Emmanuel Macron, elle a fait savoir sur Europe 1 qu'elle votera blanc au scrutin du 26 mai.

Eric Drouet

Il a jeté le gant. Devenu l'un des leaders de la lutte, Eric Drouet a annoncé, le 24 avril, son retrait du mouvement. Une décision prise après l'annulation de l'invitation au Sénat d'une délégation de gilets jaunes dont il faisait partie, le 9 avril. «Mode pause pour moi, voire plus peut-être, trop de menaces sur ma famille, trop de haineux, trop de foulards rouges, trop de mépris, trop d'insultes, je suis fatigué, désolé», a-t-il écrit sur Facebook. Et de préciser : «Tout n'est pas fini, mais là je suis au bout de mes forces. Et c'est même pas le gouvernement le plus fatiguant dans tout ça !!» Le leader officieux n'a pas tweeté de son compte officiel depuis le 11 avril.

Parallèlement à cette prise de recul, le chauffeur routier de Seine-et-Marne doit faire face à des déboires judiciaires. Le 29 mars, il avait écopé de 2.000 euros d'amende pour organisation d'une manifestation sans déclaration préalable à Paris, le 22 décembre et le 2 janvier. Une condamnation à laquelle il a fait appel. Le gilet jaune sera également jugé le 5 juin pour port d'arme prohibé – un bâton – lors de la manifestation du 22 décembre.

Maxime Nicolle

Lui continue de battre le pavé. Adepte des «lives» sur les réseaux sociaux, Maxime Nicolle, alias «Fly Rider», est devenu l'une des figures incontournables des gilets jaunes. Ex-sympathisant FN se déclarant aujourd'hui antisystème, l'ancien chauffeur intérimaire est souvent présenté par les médias comme flirtant avec des thèses complotistes : contestation de la version officielle de l'attentat de Strasbourg, relai des rumeurs d'enlèvements d'enfants par des Roms, critiques des francs-maçons...

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© Alain Jocard / AFP

Le Breton de 31 ans est aujourd'hui client de l'avocat Juan Branco, connu pour avoir aussi défendu le fondateur de Wikileaks, Julian Assange. Le 2 mai, lui et plusieurs gilets jaunes se sont d'ailleurs rendus à Londres pour réclamer la libération du lanceur d'alerte. Et, à en croire sa présence aux côtés de 2.200 manifestants, samedi dernier à Nantes, pour l'acte XXVI du mouvement, il n'a pas prévu de rendre son gilet de sitôt.

En parallèle de son activisme, «Fly Rider» a confié, dans un direct Facebook fin avril, avoir signé pour «l'écriture d'un bouquin [...] un jour», qui racontera son expérience du mouvement de l'intérieur. De quoi compléter la bibliothèque 100 % gilets jaunes ?

Ingrid Levavasseur

Porte-parole au profil très «gilet jaune» (aide-soignante de 31 ans, mère célibataire de deux enfants, issue d'un milieu rural), c'est elle qui, la première, avait annoncé le 23 janvier un embryon de liste aux européennes – baptisée «Ralliement d'initiative citoyenne», en référence au RIC – dont elle prendrait la tête. Sous le feu des critiques, Ingrid Levavasseur s'était finalement rétractée le 13 février, annonçant ne plus vouloir participer aux manifestations à cause des violences. Quelques semaines auparavant, en janvier, elle avait déjà été victime d'insultes, de menaces de mort et de viol, puis agressée physiquement à deux reprises par des gilets jaunes, après l'annonce de sa participation en tant que chroniqueuse à une émission sur BFMTV.

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© Charly Triballeau / AFP

Bien que loin du pavé, elle reste néanmoins très critique de la politique gouvernementale. Comme en témoigne sa lettre – au vitriol – ouverte adressée au président au lendemain de sa conférence de presse post-grand débat national.

Et, si elle renonce à briguer tout poste électif, la gilet jaune de cœur ne s'engage pas moins dans la vie publique pour autant. Elle a ainsi annoncé, début avril, la création de deux associations : «Racine positives», pour venir en aide aux familles monoparentales, et «Eclosion démocratique», destinée à défendre différentes propositions sociales et écologiques «à chaque échéance électorale à partir des municipales de 2020».

Jérôme Rodrigues

C'est une des dernières figures des gilets jaunes à être encore invitée régulièrement sur les plateaux de télévision. Jérôme Rodrigues, blessé à l'œil lors de l'acte XI à Paris, se dit plus que jamais engagé dans la mobilisation. Et ce, sans équivoque ni esprit de revanche, selon lui. Il a d'ailleurs dénoncé «avec vigueur» les slogans «suicidez-vous» lancés aux policiers en marge du 23e samedi de grogne. Très actif sur les réseaux sociaux, proche d'Eric Drouet, il appelle à voter contre Macron aux européennes («quitte à ce qu'il finisse deuxième»), et surtout à se rendre aux urnes, car «l'abstention c'est voter Macron». Une chose est sûre : il ne donnera pas sa voix pour la liste gilets jaunes conduite par Francis Lalanne, qu'il accuse de «récupération». 

Sur le pavé tous les samedis, cet ancien commerçant, en reconversion pour devenir plombier, estime que la mobilisation n'est pas en train de s'essouffler, contrairement à ce que laisseraient penser certains médias. Mais, pour la suite du mouvement, il espère de nouveaux moyens d'actions : repartir sur les ronds-points, aller sur les parkings des plages cet été, effectuer des blocages... De quoi faire émerger d'autres porte-voix en jaune fluo ?

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