Européennes : le casse-tête logistique des 34 listes

Nombre de petites communes ne disposent pas d'assez de panneaux pour afficher les 34 têtes de liste du scrutin, entre autres problèmes logistiques. [© MYCHELE DANIAU / AFP]

Le nombre de listes nationales en lice pour les européennes bat cette année tous les records : pas moins de 34 équipes, soit 2.686 candidats, vont s'affronter dans les urnes le dimanche 26 mai. Une configuration qui n'est pas sans poser quelques difficultés en matière d'organisation.

Des communes en manque de panneaux

Premier défi logistique : disposer d'un nombre suffisant de panneaux pour présenter équitablement, comme le veut le code électoral, toutes les listes aux yeux des électeurs – sans compter le traditionnel panneau informatif sur l'élection en cours. Or, nombre de petites municipalités de l'Hexagone, habituées à une quinzaine de listes maximum, n'en ont pas assez pour montrer les 34 têtes de liste. «J'ai trois bureaux de vote, cela veut dire 33 panneaux [34 désormais] multipliés par trois, soit 99 panneaux pour l'ensemble de la commune. J'en ai quelques-uns, mais pas assez», a ainsi calculé le maire de Morbecque (Nord), Jérôme Darques, interrogé par Le Parisien.

A raison d'une centaine d'euros le panneau, cela fait cher l'affichage électoral. «On avait prévu une vingaine de panneaux sur cinq emplacements. On va devoir en rajouter une cinquantaine (...) Et qui va payer ce surcoût ?», s'inquiète la maire LR de Saint-Eloy-les-Mines (Puy-de-Dôme), Marie-Thérèse Sikora, dans les colonnes de La Montagne. D'autant plus qu'après les européennes, il faudra stocker les panneaux avant la prochaine élection, laquelle oppose rarement autant de candidats.

Dans une circulaire adressée aux édiles mi-avril, le ministère de l'Intérieur a donc autorisés les communes concernées à «diviser» les panneaux pour accueillir les affiches de deux listes au lieu d'une, à utiliser le recto et le verso d'un panneau, ou à n'avoir qu'un seul spot d'affichage obligatoire au lieu de plusieurs. Ou encore à utiliser des affichages «faits maison» respectant les normes habituelles : panneaux en bois contreplaqué, pans de mur peints... Une campagne d'affichage «Tetris», donc.

Des bureaux de vote trop exigus

S'il faut suffisamment de place sur les panneaux à l'extérieur, il en faut également à l'intérieur du bureau de vote. A savoir assez de tables d'affilée pour accueillir l'ensemble des bulletins fournis par les listes aux mairies. Un problème pour les communes qui manquent tout simplement d'espace. A la Chapelle-Orthemale (Indre), par exemple, la salle du conseil municipal fera office de bureau de vote. «Il faudra aussi trouver une table suffisamment grande pour y placer les 33 tas [34] de bulletins de vote. Un vrai casse-tête pour le maire», explique France Bleu

Autre inquiétude, repérée par Libération : les cahiers dans lesquels les résultats des élections seront rapportés ne comportent que 16 colonnes, bien loin des 34 qui seraient nécessaires cette année. «Il faudra voir avec la préfecture», selon Antoine Home, maire de Wittenheim (Alsace).

y aura-t-il des bulletins pour tout le monde ?

A la charge des listes, l'impression des bulletins de vote pourrait également mettre au défi les organisateurs des élections. En effet, un bulletin de chaque liste doit être impérativement proposé dans chaque bureau de vote, mais pas sous n'importe quelle forme : imprimé sur du papier vierge et homologué, de type A4 70g/m3. Une colle pour certains imprimeurs qui se sont retrouvés en rupture de stock, étant donné le nombre important de bulletins à imprimer.

Pour s'éviter un parcours du combattant, certaines listes marginales proposent à ses électeurs potentiels d'imprimer eux-mêmes leur bulletin de vote aux normes (voire une pile entière), et de l'apporter le jour du scrutin. C'est le cas du Parti pirate, qui explique sur son site que «d'après [leur] imprimeur préféré, cela coûterait au minimum 270.000 euros».

Clips de campagne, temps d'antenne... Un risque de cacophonie ?

La présence d'autant de listes pour ces européennes présente enfin quelques risques de confusion parmi les électeurs, qui vont devoir s'accrocher s'ils veulent suivre toute la campagne.

Dès mardi 14 mai, et jusqu’au 24, les 34 listes auront droit à un total de 312 minutes d’antenne, dixit la loi. D’abord, chaque équipe bénéficie d’office de 3 minutes pour diffuser leurs clips de campagne, soit 102 en tout. Puis, un temps de parole de 120 minutes est divisé entre les listes au prorata du nombre de parlementaires et d'eurodéputés qui les soutiennent. Enfin, une troisième séquence de 90 minutes est distribuée par le CSA, afin que la durée d’antenne soit proportionnée au poids politique. Ainsi, la liste LREM aura 56 minutes d’antenne, contre 14 minutes pour EELV, par exemple.

Au-delà du casse-tête organisationnel, une telle offre de candidats risque de désarçonner les citoyens, déjà traditionnellement peu mobilisés pour les européennes. Et pour cause : avec 34 têtes de liste, les entendre toutes distinctement n'est pas loin de l'exploit. A noter toutefois que les électeurs français peuvent quand même s'estimer heureux, rappelle Libération : de l'autre côté du Rhin, nos voisins allemands doivent, eux, composer avec une quarantaine de listes. 

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