Après la déception des européennes, l'heure de la clarification pour LFI

Le leader des Insoumis, Jean-Luc Mélenchon, dimanche soir, à l'annonce des résultats des européennes. Le leader des Insoumis, Jean-Luc Mélenchon, dimanche soir, à l'annonce des résultats des européennes. [© GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP]

Arrivée en cinquième position aux élections européennes, La France insoumise, fragilisée par des conflits internes, va devoir clarifier ses stratégies pour l'avenir, quitte à faire évoluer sa ligne politique.

Alors que les enquêtes d'opinion leur avaient prédit jusqu'à 10 % des voix, Les Insoumis, menés par la tête de liste Manon Aubry, n'en ont finalement recueilli que 6,3 %, dépassés par EELV qui devient la première force de gauche, et à touche-à-touche avec la coalition Place publique-PS (6,2 %). Un score à des années lumières de la performance de Jean-Luc Mélenchon à la présidentielle de 2017 (19,58 %). Pour ceux qui avaient l'espoir de dépasser LR dans la dernière ligne droite, afin de «déjouer le duo» LREM-RN et «représenter l'alternative portant les aspirations écologiques et sociales», c'est donc la douche froide.

Gauchistes contre souverainistes ?

Cette défaite majuscule ne manquera pas de poser la question du rôle joué, dans la désaffection des électeurs, par la colère de Jean-Luc Mélenchon face aux perquisitions du siège de LFI en octobre («la République, c'est moi !»), et par le slogan de «référendum anti-Macron» adopté à l'été 2018, qui visiblement n'a pas aussi bien fonctionné qu'espéré.

Mais ce crash dans les urnes serait d'abord dû, selon des ténors du mouvement, à l'apparente coexistence de deux lignes politiques et stratégiques au sein du mouvement, qui participe au manque de lisibilité de son programme. La première représente la gauche radicale traditionnelle, à tout prix ouverte au multiculturalisme, tandis que la deuxième, incarnée par les souverainistes, envisage de changer l'UE en sortant des traités et veut endiguer l'immigration en s'attaquant à ses causes profondes, estimant que LFI ne peut gagner un jour qu'en s'ouvrant davantage au «peuple», qu'il soit de droite ou de gauche.

des départs embarrassants

La députée Clémentine Autain, qui incarne la tendance gauche radicale, a été la première à dégainer, accusant Mélenchon sans le nommer : «Le débat qui va s'ouvrir à gauche doit être nourri. Il faut sans doute un profil plus rassembleur que clivant, qui permette de faire vivre le pluralisme pour faire advenir une force à vocation majoritaire, qui travaille davantage du côté de l'espérance que de la haine.» De son côté, l'ancien orateur national de LFI, François Cocq, bien qu'exclu depuis janvier, a résumé la position inverse : «En abandonnant le champ de l'expression populaire pour se cornériser dans la petite gauche, LFI s'est détournée de la tâche de la révolution citoyenne.»

Depuis l'été dernier, les départs se sont d'ailleurs succédé : certains cadres, comme le conseiller régional Andréa Kotarac, désormais rallié au RN, ont critiqué la cohabitation de deux idéologies au sein du parti, quand d'autres, comme le politologue Thomas Guénolé ou l'économiste Liêm Hoang-Ngoc, ont dénoncé les travers d'une organisation «gazeuse» où un petit clan autour de Jean-Luc Mélenchon règne sans partage. Sans compter les électrons libres comme le député Insoumis François Ruffin, qui tend à faire de l'ombre au chef du parti.

LA CONCURRENCE DES AUTRES GAUCHES

La remontada des Insoumis s'annonce d'autant plus délicate qu'ils ne sont désormais plus en position de force dans la recomposition à suivre de la gauche. Entre Place publique-PS, qui sauve les meubles, et EELV, qui réalise une percée, en passant par le PCF et Génération.s, non négligeables, LFI va devoir faire face à une compétition féroce, où chacun se veut plus social, plus écologique et plus rassembleur que les autres, mais où personne ne veut céder sa place pour permettre l'«union de la gauche», au grand dam des électeurs, éparpillés.

Discret depuis dimanche soir, Jean-Luc Mélenchon a toujours prévenu qu'il ne ferait pas de «tambouille» avec les partis de gauche, sa «fédération populaire» ayant plutôt vocation à rassembler les associations et mouvements sociaux. Mais après son échec dans les urnes, veut-il encore faire cavalier seul ?

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