Pluie d'hommages pour saluer la mémoire de l'«humaniste» Michel Serres

Le philosophe et académicien Michel Serres, le 2 février 2018 à Paris [JOEL SAGET / AFP/Archives] Le philosophe et académicien Michel Serres, le 2 février 2018 à Paris [JOEL SAGET / AFP/Archives]

Les hommages affluent dimanche 2 juin, au lendemain de la mort du philosophe Michel Serres à l'âge de 88 ans, politiques, intellectuels et artistes saluant tant son «savoir» immense, que sa «chaleur» et son «humanisme».

Sur internet, anonymes comme personnalités citent les réflexions de cet intellectuel passionné d'éducation, de communication et d'écologie, apprécié pour son goût de la jeunesse et son optimisme.

Son éditrice Sophie Bancquart, des éditions du Pommier, invite à jouir de la «magie» qui consiste à se plonger dans ses livres :

«Vous pénétrez soudain dans une musique singulière, une chanson de la langue française, qu'il pratiquait en savant comme en poète. (...) Il construisait ses livres comme il construisait sa pensée, en fouillant toujours plus loin pour faire émerger une idée nouvelle !», écrit, dans un texte transmis à l'AFP, celle qui a publié plus de 30 de ses ouvrages.

Samedi soir, elle a annoncé le décès de Michel Serres, «mort très paisiblement à 19H entouré de sa famille». Ce membre de l'Académie française s'est intéressé à toutes les formes du savoir, scientifique comme littéraire, anticipant les bouleversements liés aux nouvelles technologies de la communication.

L'un de ses plus grands succès d'édition fut «Petite Poucette», titre clin d'oeil à la maestria avec laquelle certains utilisent leurs pouces pour taper sur leurs portables.

Voix de radio

«La voix et les voies ouvertes par Michel Serres vont nous manquer», regrette le ministre de la Transition écologique François de Rugy, saluant dimanche sur Twitter «une philosophie humaniste valorisant les raisonnements scientifiques».

«Adieu Michel Serres, l'honnête homme par excellence (...), éclectique, humaniste et visionnaire. (...) Sa pensée sur l'éducation continuera à nous influencer», avait souligné samedi le ministre de l'Education nationale Jean-Michel Blanquer.

Son collègue de la Culture, Franck Riester, a rendu hommage à une pensée «lumineuse et moderne, poétique et accessible», «la chaleur de sa voix nous manque déjà».

L'ancien officier de marine, qui a sillonné l'Atlantique et la Méditerranée, s'était tourné vers l'enseignement à la fin des années 50. Avec toujours la volonté de s'affranchir des frontières des disciplines universitaires.

La notoriété arrivera dans les années 1980, avec la série intitulée «Hermès», «Les cinq sens», prix Médicis de l'essai en 1985, ou «Eléments d'histoire des sciences» (1989). En 1990, il est élu à l'Académie française, où il est reçu l'année suivante sans la traditionnelle épée, «en signe de paix» en pleine Guerre du Golfe.

«Voyageur infatigable de la pensée», comme le décrit Le Pommier sur son site internet, Michel Serres est l'auteur de quelque 80 ouvrages et continuait de publier régulièrement ces dernières années. Son dernier livre, «Morales espiègles», est paru en février.

Mais le grand public le connaissait aussi grâce à la chronique dominicale à laquelle il a participé pendant 14 ans, «Le sens de l'info», sur France Info.

L'ancien directeur de la radio Michel Polacco, qui présentait cette chronique avec lui, a rendu hommage à l'antenne à «un des personnages assez exceptionnels que la France a eu l'honneur et la chance (...) de posséder», soulignant sa vision des choses «véritablement originale», sa «fabuleuse culture» et sa «capacité incroyable de se mettre au niveau de tout le monde».

Homme de mer et de rugby

Pour Yannick Jadot (EELV), c'était «un grand humaniste, qui est toujours resté en lien avec son temps et a gardé une confiance formidable dans la jeunesse».

Le député LREM et mathématicien, Cédric Villani, retient l'«infatigable bâtisseur de ponts entre disciplines» et le «conférencier passionné, méridional chaleureux, grand enfant épris de futur».

Pour Jack Lang, qui l'a côtoyé en tant qu'ex-ministre de la Culture puis comme président de l'Institut du monde arabe, c'est «l'idée d'une philosophie joyeuse (qui) s'en est allée».

Plusieurs voix de l'écologie ont souligné cette perte, comme l'ex-ministre de l'Environnement Corinne Lepage ou l'ONG Notre affaire à tous, à l'origine d'une pétition contre l'inaction climatique, qui assure qu'elle continuera «son combat pour un contrat naturel et la protection de nos droits au travers de ceux de la nature».

L'économiste et conseiller politique Jacques Attali a lui dit «au revoir» à celui qui avait «le charme des grands marins, la culture des vrais philosophes, l'enthousiasme des passionnés de rugby, la naïveté des amoureux de Tintin, la joie de vivre des enfants, l'enthousiasme jubilatoire des vrais stoïciens».

L'artiste C215 a de son côté partagé le portrait qu'il avait fait du philosophe, qui l'a «aidé à vivre». Même le club de rugby d'Agen, où le philosophe à l'accent rocailleux était né en 1930, a salué sur Twitter le «plus illustre de ses supporteurs».

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