Démission de Laurent Wauquiez : une droite en chantier

Un parti à repenser en profondeur. Après la démission de Laurent Wauquiez, dimanche 2 juin sur TF1, l’avenir des Républicains (LR) s’annonce plus incertain que jamais.

Le parti de droite vient en effet de subir un revers historique, lors des européennes du 26 mai, en réunissant seulement 8,48 % des voix, arrivant même quatrième du scrutin (derrière le RN, LREM et EELV), alors que la troisième lui semblait promise par les sondages. La première urgence est donc de reconstruire la formation - un appel en ce sens a déjà été lancé par certains ténors du parti -, avec un nouveau positionnement politique et un nouveau leader, qui doit théoriquement être élu dans les deux mois.

Une défaite à analyser

L’échec de LR aux européennes peut avant tout être vu comme celui de la stratégie de son président Laurent Wauquiez, ce qu’il a lui-même admis. Depuis son élection en décembre 2017, il avait en effet prôné une ligne dure, insistant sur les problématiques sécuritaires et d’immigration, marchant ainsi volontairement sur les plates-bandes de l’extrême droite. Une vision qui ne faisait pourtant pas l’unanimité au sein du parti. Le président des Hauts-de-France, Xavier Bertrand, avait d’ailleurs quitté le navire juste après l’élection de Laurent Wauquiez.

Les européennes étaient donc un vrai test pour cette stratégie. Les électeurs l’ont sanctionnée sans équivoque, ceux de l’aile droite de LR se tournant plutôt vers le RN, et ceux de droite modérée préférant voter LREM. «Pour LR, la seule manière de récupérer ses électeurs est de jouer davantage sur la carte libérale, alors qu’ils ne se sont occupés dernièrement que de leur aile conservatrice», estime le politologue Philippe Moreau Chevrolet.

Au-delà de la vision de Laurent Wauquiez, le parti a également souffert du manque d’incarnation de ses idées. Alors qu’Emmanuel Macron a réussi à symboliser un renouveau politique, la droite a échoué à mettre en avant une personnalité forte, depuis le retrait de Nicolas Sarkozy. C’est l’autre défi de LR aujourd’hui.

Pour l’instant, aucune figure ne s’impose, mais les candidats potentiels ne manquent pas. On peut citer le président du Sénat, Gérard Larcher, la présidente de la région Ile-de-France Valérie Pécresse, à la tête de son mouvement Libres !, ou encore Xavier Bertrand, qui pourrait revenir chez LR par la grande porte. Et pourquoi pas, carrément, celui de l’ancien chef de l’Etat Nicolas Sarkozy ?

Un risque d’exode des élus

Mais la reconstruction pourrait être entravée par les deux principaux adversaires des Républicains, le RN et LREM. En effet, depuis quelques jours, des ténors des deux formations appellent les élus de droite à les rejoindre, dans l’optique notamment des élections municipales de 2020.

Sébastien Lecornu, ministre des Collectivités territoriales, a ainsi appelé dimanche 2 juin, dans Le JDD, les maires à «quitter LR» pour rejoindre LREM, qui pourrait à l’avenir, selon Philippe Moreau Chevrolet, «supplanter LR et devenir la nouvelle droite». De l’autre côté, au RN, la présidente du parti Marine Le Pen a tendu la main dimanche «à tous les cadres et électeurs LR patriotes». Reconquête ou disparition, Les Républicains sont à la croisée des chemins.

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