Hôpitaux : en crise, les urgences se mobilisent

Des soignants en grève à Paris le 6 juin 2019. [© Aurore MESENGE / AFP]

Les blouses blanches voient rouge. A l'appel de plusieurs syndicats, une journée de mobilisation et de grève nationale dans les hôpitaux est prévue ce mardi, principalement à Paris, pour protester contre la dégradation du système de santé public.

Attentes interminables pour les patients, coupes budgétaires, burn-outs et suicides de soignants, services engorgés, violences, surcharge de travail, politique du chiffre... Le constat est sans appel, les urgences craquent de partout.

La semaine dernière, à Paris, une vingtaine de personnels de l'hôpital Lariboisière n'ont pas pris leur service de nuit pendant 48h, tandis qu'à Saint-Antoine, seize paramédicaux sur dix-neuf se sont affichés en arrêt de travail pour cause d'épuisement. Et c'est parfois pire en région : à Lons-le-Saunier, 70% du personnel est arrêté, décrit Mediapart. Résultat, nombreux sont les effectifs – y compris grévistes – qui ont été réquisitionnés (ou le seront mardi) pour assurer la continuité des soins, et limiter l'incidence pour les patients. Une situation intenable, selon les syndicats.

Plus de 90 services concernés

Cela fait maintenant près de trois mois que les urgentistes – infirmiers, aides-soignants, brancardiers, mais aussi médecins – multiplient les manifestations pour exiger des solutions. Considérant les négociations avec le gouvernement jusqu'ici «stériles», plus de 90 services d'urgences, réunis dans le collectif Inter-Urgences, appellent désormais à un «durcissement du mouvement».

L'objectif ? Obtenir des mesures immédiates, comme la création de 10.000 postes pour les 550 services d'urgences, une hausse des rémunérations de 300 euros nets mensuel, ou encore l'arrêt des fermetures de lits, avec l'objectif de «zéro brancard dans les couloirs» cet été. Des revendications que l'intersyndicale exprimera mardi sur le pavé, mais également lors d'une conférence de presse organisée devant le ministère de la Santé à 11h.

Un service «public» ou «marchand» ?

Cette journée de grève coïncide d'ailleurs avec la prise de parole de la ministre du secteur, Agnès Buzyn, qui doit défendre ce mardi son projet de loi «Ma santé 2022» devant les sénateurs. Un texte qui ambitionne d'améliorer le service public hospitalier, selon elle, mais qui ne serait, pour les syndicats, qu'une nouvelle étape destinée à rationaliser les dépenses et faire des économies.

«Toutes les lois santé qu’on a connues ont dégradé la situation», dénonce le docteur Christophe Prudhomme, de la CGT-Santé, dans les colonnes du Parisien. «Il va falloir se demander si la santé est un service public ou un service marchand animé par les complémentaires santé.» Selon la Fédération hospitalière de France, depuis 2005 les établissements publics se sont vus imposer 8,6 milliards d’euros d’économies. De quoi mettre dans le rouge 58% des établissements en 2018.

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Des soignants défilent à Paris le 6 juin 2019. © Aurore MESENGE / AFP

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