Le Sénat a adopté le projet de loi Santé

Agnès Buzyn le 29 mai 2019 à l'Assemblée nationale [FRANCOIS GUILLOT / AFP/Archives] Agnès Buzyn le 29 mai 2019 à l'Assemblée nationale [FRANCOIS GUILLOT / AFP/Archives]

Après l'Assemblée nationale, le Sénat a adopté ce mardi 11 juin le projet de loi Santé porté par Agnès Buzyn, après y avoir injecté plusieurs mesures nouvelles pour lutter contre les déserts médicaux, sur fond de crise dans les urgences.

Le texte a été adopté en première lecture par 219 voix contre 92. 

Avant le vote solennel, la ministre de la Santé Agnès Buzyn avaut assuré, dans un entretien à Libération qu'améliorer «l'accueil en ville en amont des urgences» était justement l'un des objectifs de son projet de loi.

Députés et sénateurs tenteront désormais, le 20 juin, de se mettre d'accord sur une version commune.

Traduisant une partie des mesures du plan «Ma Santé 2022» présenté en septembre par Emmanuel Macron, le projet de loi relatif à «l'organisation et à la transformation du système de santé» prévoit une réforme des études de santé pour notamment pallier le manque de médecins, avec la suppression du «numerus clausus», la labellisation de 500 à 600 «hôpitaux de proximité», une régularisation de médecins étrangers, un accès élargi aux données de santé ou encore la création d'un espace numérique de santé.

«Nous n'avons pas le choix, il faut répondre à l'urgence dans des territoires qui se sentent abandonnés», a affirmé Agnès Buzyn, alors que la problématique de la désertification médicale s'était imposée dans le grand débat.

Elle s'est aussi largement imposée dans les débats au Sénat, dominé par l'opposition de droite, où les élus ont rivalisé d'initiatives en faveur d'une meilleure répartition de l'offre de soins.

«Le Sénat marche sur la tête»

Contre l'avis du gouvernement, le Sénat a en particulier voté par 311 voix contre 16 un dispositif «transpartisan» proposant que la dernière année d'études en 3e cycle de médecine générale (et certaines spécialités déficitaires comme l'ophtalmologie) soit une année de pratique «en autonomie», réalisée en cabinet ou en maison de santé, en priorité dans les zones manquant de médecins.

«Le Sénat marche sur la tête et préconise de brader la formation des médecins !», se sont insurgés des syndicats d'internes.

Le Sénat a aussi donné son feu vert à une mesure introduite en commission des Affaires sociales, qui met en place une exonération de cotisations sociales incitative à l'installation rapide des jeunes médecins.

De manière générale, des modifications ont été apportées, mais sans remettre en cause ses grands axes.

Malgré de fortes réticences sur la méthode, le Sénat a habilité le gouvernement à légiférer par ordonnances sur le développement des «hôpitaux de proximité», non sans avoir exprimé de vives inquiétudes sur «le flou» de leur définition, leurs moyens et missions.

Ils ont vocation à assurer le premier des trois niveaux de «gradation des soins hospitaliers» sur les territoires et sont recentrés sur la médecine générale, la gériatrie et la réadaptation, mais sans maternité, et avec de la chirurgie sur autorisation strictement encadrée.

Les sénateurs ont «enrichi» le volet numérique du texte, rendant automatique l'ouverture de «l'espace numérique de santé», un compte personnel en ligne pour accéder notamment au dossier médical partagé, ainsi qu'à différents services.

Et surprise de dernière minute, l'ex-ministre PS Laurence Rossignol a réussi à faire adopter, à la faveur d'un hémicycle dégarni, un allongement de deux semaines des délais de l'IVG.

Une adoption inattendue qui pourrait influencer la position des sénateurs PS lors du vote sur l'ensemble du texte.

Le groupe CRCE (à majorité communiste) votera contre. «Avec la complicité bienveillante de la majorité sénatoriale de droite, tous les articles ont été votés au mépris des souffrances des personnels qui se mobilisent dans l'intérêt général», ont-ils affirmé.

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