Après Condé-sur-Sarthe, la colère derrière les barreaux

Un nouveau record de surpopulation carcérale a été atteint en avril, avec 71.828 détenus pour 60.000 places. [© LOIC VENANCE / AFP]

Au lendemain de la prise d’otages de deux surveillants par un détenu de Condé-sur-Sarthe (Orne), la question de l’insécurité au sein des prisons françaises s’est de nouveau imposée dans l’actualité.

Une cinquantaine de gardiens de l’établissement ont en effet refusé de prendre leur service, ce mercredi matin, pour dénoncer le manque «d’écoute» de leur hiérarchie, après une série d’incidents et d’agressions qui, ces derniers mois, les ont visés directement. L’objectif de leur mobilisation : pointer les failles d’un système carcéral à bout de souffle, quitte à relancer le débat sur les conditions de détention.

La «perte d’autorité» du personnel

Cette nouvelle agression survient trois mois après la prise d’otages perpétrée par un prisonnier radicalisé contre deux surveillants dans le même établissement pourtant ultrasécurisé de Condé-sur-Sarthe, qui abrite des détenus dangereux ou posant des problèmes de discipline. Une attaque qui avait provoqué un vaste mouvement de blocage dans les prisons, à l’image de la grève massive des agents pénitentiaires de l’hiver 2018.

Au cœur du problème, le manque d’espace derrière les barreaux. Un nouveau record a été franchi en avril, avec 71.828 détenus pour quelque 60.000 places. Soit un taux d’occupation de près de 120 %, qui atteint même les 200 % dans sept des 188 centres pénitentiaires du pays, à tel point qu’une cellule individuelle accueille parfois deux, voire trois détenus. A cette surpopulation chronique, qui a valu à l’Etat d’être maintes fois épinglé par des instances internationales, s’ajoutent l’insalubrité, les problèmes d’hygiène et, surtout, le manque d’effectifs, alors qu’il n’y a en moyenne qu’un surveillant pour 2,4 personnes incarcérées.

Des conditions de détention et de travail qui se traduisent inexorablement par un regain des violences. En plus des milliers de rixes entre détenus, près de 4.400 agressions contre des gardiens ont été enregistrées en 2018, contre 3.900 l’année précédente. «Qu’ils attaquent ainsi l’uniforme, c’est la conséquence directe d’une perte d’autorité», juge Christophe Schmitt, délégué régional de FO Pénitentiaire.

Sans surprise, la sûreté des prisons en est donc mise à mal, au risque d’encourager les évasions, comme celle du braqueur Rédoine Faïd en juillet dernier. Fin mai, en France, pas moins de six détenus ont ainsi mis les voiles en six jours. Et la situation est d’autant plus critique que les détenus jihadistes, au nombre de 1.500, sont une pression de plus sur les agents, obligés d’accroître le niveau de surveillance et de gérer des unités spécifiques de déradicalisation.

Une réponse contestée

Face à ce climat explosif, l’Etat entend d’abord apporter des solutions par la loi. Applicable dès mars 2020, la réforme de la ministre de la Justice, Nicole Belloubet, prévoit de multiplier les peines alternatives (bracelet électronique, TIG, sortie anticipée...) et de créer 7.000 nouvelles places de prison, pour réduire la population carcérale de 8.000 têtes d’ici à 2022.

Des annonces qui ne convainquent pas les syndicats. «Ce sont des rustines que l’on colle sur les problèmes pour faire plaisir à l’opinion. Il n’y a aucune volonté politique», selon Christophe Schmitt, qui exige «davantage de reconnaissance [et] de moyens humains». Sauf qu’à l’heure où l’exécutif s’apprête à écrémer le nombre de fonctionnaires, ce ne devrait pas être au programme.

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