La semaine de Philippe Labro : Des candidats à l'épreuve, le grand oral du Général

Pour toutes les générations, le 1er jour du baccalauréat reste un souvenir à jamais gravé dans les mémoires. [FREDERICK FLORIN / AFP]

Philippe Labro est écrivain, cinéaste et journaliste. Chaque vendredi, pour CNEWS, il commente ce qu'il a vu, vécu et observé pendant la semaine. Un bloc-notes subjectif et libre.

LUNDI 17 JUIN

Qu’il est loin dans ma mémoire, ce jour du bac - ou plutôt, ces jours. Nous avons tous le souvenir de cette échéance, c'est le passé, notre jeunesse, notre adolescence. A l'époque, il y en avait deux bien distincts - et bien difficiles. Je me souviens avoir raté le premier (humiliation !) et avoir vu partir mes amis - qui, eux, avaient réussi - vers le deuxième. La violence du souvenir est étonnante. Des décennies plus tard, j’ai encore le goût amer de l’échec. A l’oral, en grec, je m'étais écroulé. Je retiens toujours le regard perçant et sévère de l'examinateur devant moi, son visage m'a longtemps poursuivi - comme le symbole de ma paresse, mon inconstance. J'ai redoublé, et il y a eu le bac philo.

Je pense aux myriades de jeunes gens et jeunes filles qui ont dû, aujourd'hui, plancher sur les questions posées. Pour céder à la facilité, j’ai eu la tentation d'apporter quelques réponses expéditives. Ainsi, en série S, «la pluralité des cultures fait-elle obstacle à l'unité du genre humain ?» On a envie de dire :

- Mais qu'appelez-vous «l'unité du genre humain» ? Ça n'existe pas, et c'est tant mieux. Il n'y a que diversité, en effet, il n'y a que pluralité.

Et la plus belle, la plus fondamentale, avec laquelle je me bats chaque jour, en série L : «Est-il possible d'échapper au temps ?»

- Mais non, bien sûr ! Non, le temps nous dirige, nous façonne, nous submerge. Il est, comme l'avait écrit la philosophe Simone Weil, «la seule tragédie importante».

MARDI 18 JUIN

Quelle date ! Pour la France du XX siècle, sans doute l'une des plus décisives, puisque le 18 juin 1940 est le jour de l'appel d'un inconnu, le général de Gaulle. On a eu raison de reconstituer heure par heure ces moments où comme il l'écrivit : «A 49 ans, j'avançais dans l'aventure comme un homme que le destin jetait hors des séries».

Après le 18, vint le 19 et les premières réactions. Dans sa remarquable biographie de Charles de Gaulle, Eric Roussel a retrouvé le portrait que fit, le lendemain, 19 juin, un jeune journaliste, Yves Morvan (qui deviendra Jean Marin), correspondant de l'agence Havas à Londres, qui rencontra le général de Gaulle dans les locaux mis à sa disposition à St Stephen's House : «Une concentration peu commune sur l'essentiel [...] On devine qu'il n'est pas homme à concéder quoi que ce soit à qui que ce soit pour l'obtenir [...] Avec lui, on devra s’habituer à respirer l'air raréfié des sommets, un exercice inusité pour nos poitrines ordinaires».

Un autre journaliste, Pierre Maillaud, plus tard célèbre sous le nom de Pierre Bourdan, s'était présenté, des 9h du matin (après avoir lui aussi entendu l'appel), dans le bureau du Général : «Il y avait dans ses yeux un feu abstrait, capable de s'allumer soudain […] il y avait de la noblesse et de la retenue […] et une fierté singulière».

La biographie d'Eric Roussel est un livre de haut niveau, et bien entendu, il incite à se replonger dans les «Mémoires» du Général. Lecture indispensable.

MERCREDI 19 JUIN

- Il y a des chiffres vertigineux. Ainsi cette projection des Nations unies, selon lesquels la population mondiale devrait atteindre 9,7 milliards d'êtres humains en 2050.

 - Il y a les 2 millions de Hongkongais qui marchent pour la liberté, sans casser quoi que ce soit.

- ll y a la Coupe du monde féminine de football dans les stades de notre pays. Premières impressions : les Américaines me semblent les plus susceptibles de gagner. Les Françaises ont-elles leur chance ? Pronostic délicat.

- Les scores enregistrés à la télévision (sur TF1, comme sur Canal+) confirment l'engouement : le troisième match, France-Nigeria, a réuni, les deux chaînes confondues, 9.5 millions de téléspectateurs. L'événement est une de ces réussites qui font l'unanimité. C'est tellement rare que cela mérite l’attention. A la fin de la compétition, il sera intéressant d'analyser le pourquoi de cet énorme succès.

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