Nicolas Sarkozy sur le retour pour relancer la droite ?

Il s'agit du quatrième livre signé par l'ancien chef de l'Etat. [© GEORGES GOBET / AFP]

Il a un pied dans la porte. Alors que Les Républicains, orphelins depuis la déroute aux européennes et la démission de Laurent Wauquiez, se cherchent un avenir, Nicolas Sarkozy sort ce jeudi un nouvel ouvrage, intitulé Passions (éd. L'Observatoire). De quoi relancer les espoirs, avancés par certains ténors de la droite, d'un retour en politique de l'ex-président de la République.

Dans ce nouvel opus aux accents nostalgiques, tiré à 200.000 exemplaires et rédigé «en six mois, trois heures d'écriture par jour», selon le JDD, l'ancien locataire de l'Elysée, 64 ans, raconte ses début au RPR, puis sa trajectoire jusqu'à son élection à l'Elysée en 2007, date à laquelle s'achève l'autobiographie. Plutôt un «livre personnel» que des «mémoires», selon son entourage. «Ecrire des Mémoires n'était pas mon but. J'ai préféré parler de ce que j'ai vécu, sans ordre chronologique, sans souci thématique, sans arrière-pensée politique», précise le principal intéressé dans un tweet. Et de saluer ses compatriotes : «J'éprouve une profonde reconnaissance envers chaque Français de m'avoir permis de vivre, à leur tête, un moment de leur histoire. Cette histoire de France qui demeurera toujours à mes yeux un miracle.»

Ce n'est pas la première fois que Nicolas Sarkozy se lance dans le style autobiographique : en 2003 sortait Libre (Robert Laffont), en janvier 2016 La France pour la vie (Plon), et au mois d'août suivant Tout pour la France (Plon), à quelques mois de la primaire de la droite – que François Fillon gagnera. N'en déplaise à ses détracteurs, tous ont été des succès de librairie – à l'image de l'ouvrage de François Hollande, Leçons du pouvoir (Stock, 2018).

De quoi prédir un carton pour le nouvel ouvrage de 368 pages, dont les ventes pourraient d'ailleurs être boostées par les déboires judiciaires actuels de l'ancien chef de l'Etat, qui sera jugé en correctionnelle dans les prochains mois pour corruption dans l'affaire dite des «écoutes». Il est soupçonné d'avoir tenté d'obtenir début 2014 des informations secrètes auprès d'un magistrat dans une procédure concernant la saisie de ses agendas en marge de l'affaire Bettencourt (soldée pour lui par un non-lieu en 2013), et ce, en échange d'un coup de pouce pour un poste à Monaco.

La personnalité politique préférée des Français

Mais nombreux sont ceux qui voient surtout dans cette autobiographie les prémices d'un retour sur la scène politique. En faisant le diagnostic de sa propre famille, laminée lors de la dernière séquence électorale, et déchirée par les inimitiés, les ambitions personnelles et les désaccords de ligne, Nicolas Sarkozy se place en effet au-dessus de la mêlée et des querelles partisanes pour mieux se positionner en rassembleur des Français. Et, en tant que personnalité politique préférée des Français selon un sondage Ifop d'avril, le chantre de la droite décomplexée veut croire en sa bonne étoile.

Vendredi, lors d'un colloque à Paris sur la présidence de Georges Pompidou (1969-1974), il évoquait déjà la question de l'«héritage» : «C'est un très beau mot, parce que ça veut dire qu'on est une famille, et je me sens de cette famille. Ça veut dire qu'on a une culture et je me sens de cette culture, ça veut dire qu'on a la mémoire d'un peuple et je me sens de ce peuple.» Comme un air de discours de campagne, bien que l'ancien président a démenti tout projet politicien.

Son entourage lui-même – le maire de Nice Christian Estrosi, le ténor Brice Hortefeux... – ne se cache plus d'espérer le retour de «l'homme providentiel». «En politique, il faut toujours laisser les portes ouvertes» : la phrase n'est pas du principal intéressé, mais d'un de ses fidèles lieutenants, l'ancien ministre du Budget Eric Woerth, le week-end dernier, sur Europe 1. «Est-ce qu'il a tourné une page, est-ce qu'au contraire il ouvre une nouvelle page ? Personne ne peut le dire». S'il admet que la priorité de la droite, pour l'heure, n'est pas de désigner un nouveau leader, mais de rebâtir un projet politique collectif, il estime que cette «pensée collective [...] existait à l'époque de Nicolas Sarkozy, notamment pendant la conquête de 2007». Une façon détournée de préparer le terrain pour la conquête de 2022 ?

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