Pourquoi la perruche à collier adore-t-elle la région parisienne ?

Environ 7.000 spécimens vivraient actuellement en Ile-de-France. [© PHILIPPE HUGUEN / AFP]

Arrivées en région parisienne dans les années 1990, les perruches à collier, que l'on prend parfois pour des petits perroquets, se sont solidement installées.

Le nombre de ces volatiles colorés d'une taille d'une quarantaine de centimètres, ne cesse en effet de croître en Ile-de-France. On en dénombrait environ 1.000 en 2008, puis 2.700 en 2012, et désormais 5.300, selon un recensement effectué par l'Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS) en 2018.

Et leur nombre pourrait même en réalité se situer autour des 7.000 ou 8.000 individus, les comptages n'ayant pu être réalisés sur deux des principaux «dortoirs» (les lieux où les perruches se regroupent pour la nuit), à Vincennes (94) et Orsay (91).

«La population augmente de 20 % par an»

«La population francilienne de perruches à collier augmente d'environ 20 % par an. C'est une belle croissance», commente Frédéric Malher, délégué régional de la Ligue de protection des oiseaux.

L'ONCFS pointe également leur «extension géographique» dans la région. Alors qu'elles se concentraient auparavant à proximité des aéroports de Roissy et d'Orly, d'où les premières – importées dans des containers depuis l'Asie et l'Afrique – se sont échappées il y a deux décennies, on en trouve désormais quasiment partout dans la région.

«Elles se répandent dans les zones urbaines, ce qui représente tout de même près d'un quart de la surface de l'Ile-de-France. Les zones pavillonnaires sont leur habitat préféré et elles adorent les villes avec des parcs. Elles sont déjà présentes dans toutes les grandes métropoles européennes», souligne Frédéric Malher.

En revanche, «ces oiseaux exotiques n'aiment pas trop la campagne, car ils se nourrissent de fruits d’arbres exotiques, comme le marronnier, ainsi que de boules de graisse accrochées dans les jardins pour nourrir les petits oiseaux», explique le délégué régional de la Ligue de protection des oiseaux.

Or, la perruche à collier est considérée comme une espèce invasive, qui peut déséquilibrer la biodiversité francilienne, selon l'ONCFS. Incapable de creuser dans les arbres pour faire son nid, elle préfère utiliser ceux déjà faits. Problème : elle peut alors entrer en concurrence avec d'autres oiseaux aux mêmes habitudes, comme les sittelles, les pigeons colombins et les étourneaux. Un conflit qui peut aller jusqu'à la mort des volatiles «expulsés».

L'accroissement de la population peut aussi poser problème aux arboriculteurs, en raison de la gourmandise des perruches pour les bourgeons et les fruits.

«Gîte et couvert sans prédateur»

Une inquiétude toutefois nuancée par Grégoire Lois, écologue à l’Agence régionale de la biodiversité : «il est vrai que leur population a beaucoup augmenté, car elles trouvent gîte et couvert sans prédateur, mais les perruches n'ont pas forcément d’impact très fort dans la région. Par exemple, elles n’ont rien à voir avec le déclin des moineaux, même si leur arrivée est concomitante».

Et le spécialiste d'ajouter : «en l’absence de résultats scientifiques qui démontrent le contraire, je les considère comme non-coupable d’une éventuelle érosion de la biodiversité en Ile-de-France. Leur impact est négligeable par rapport à celui de l’homme».

Même son de cloche chez Frédéric Malher, pour qui «on avait raison de se poser la question de la concurrence, mais, qu'à quelques cas individuels près, l’expérience montre que les perruches à collier ne posent pas de problème d’un point de vue biologique en Ile-de-France».

Le délégué régional de la Ligue de protection des oiseaux précise néanmoins que des idées pourraient être mises en place pour limiter leur prolifération : «par exemple, entourer les boules de graisse d’un grillage à large mailles, qui laisse passer les petits oiseau mais pas les gros, dont les perruches».

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