Geneviève Legay : le procureur de Nice s'est aligné sur la version d'Emmanuel Macron pour ne pas le mettre «dans l'embarras»

A l'issue d'une conférence de presse qu'elle avait donnée, la militante d'Attac Geneviève Legay avait posé le 29 avril 2019 avec un drapeau de paix. [YANN COATSALIOU / AFP]

Le procureur de Nice, Jean-Michel Prêtre, a livré quelques détails sur ce qui l'avait poussé il y a quelques mois à changer de version à la suite de la blessure de la militante Geneviève Legay lors d'une charge policière le 23 mars dernier. Selon Le Monde, l'homme aurait livré une version qui ne mettait pas en cause les forces de l'ordre pour ne pas contredire Emmanuel Macron.

Le quotidien indique que le procureur «n'avait pas voulu mettre le chef de l'Etat dans l’embarras 'avec des divergences trop importantes' entre les versions». C'est du moins une des explications qu'il aurait avancées lors de son audition par le directeur des services judiciaires en avril. Et le magistrat aurait donné cette version erronée «de sa propre initiative», toujours selon le média. 

Le 23 mars dernier à Nice, la septuagénaire militante au sein de l'association Attac avait été grièvement blessée lors d'une manifestation interdite de gilets jaunes à laquelle elle participait. Geneviève Legay avait chuté après qu'une charge policière avait été lancée. Dès le lendemain, le procureur de la République de Nice avait ouvert une enquête en recherche des causes des blessures. Il avait alors rappelé lors d'une conférence de presse que le fait de ne pas s'exécuter et quitter les lieux après des sommations réglementaires de dispersion formulées par les forces de l'ordre constituait un délit. Mais il pointait également prudemment la confusion du mouvement des forces de l'ordre et des manifestants ce jour-là.

«aucun contact avec un agent de sécurité»

Le 25 mars, soit deux jours après l'incident, Emmanuel Macron s'était exprimé sur l'affaire dans un entretien accordé à Nice Matin. Dans cet interview, le président de la République avait indiqué que «cette dame n'(avait) pas été en contact avec les forces de l'ordre» et lui avait souhaité un «prompt rétablissement» ainsi qu'«une forme de sagesse». Une version que confirmera Jean-Michel Prêtre quelques heures plus tard, le procureur ayant affirmé que Geneviève Legay n'avait «pas été touchée intentionnellement» et qu'elle n'avait eu «aucun contact avec un agent de sécurité». Le magistrat avait affirmé que la militante avait été «poussée dans le dos par des personnes reculant dans un mouvement de foule face à l'avancée de ces forces de sécurité.»

Geneviève legay poussée par un agent

Il faudra attendre le 29 mars pour que le procureur de la République de Nice change une dernière fois de version en affirmant que Geneviève Legay avait bien été poussée par un agent des forces de l'ordre. Il expliquera que c'est le changement de témoignage d'un des policiers qui aurait permis d'établir une nouvelle chronologie des faits. Dans la foulée, le magistrat annonce l'ouverture d'une information judiciaire et la nomination de deux juges d'instruction en charge de la poursuite de l'enquête. 

Le Monde qui a contacté le ministère de la Justice a affirmé que l'institution ne voulait pas engager de «poursuites disciplinaires» contre Jean-Michel Prêtre. «L’action des procureurs de la République est particulièrement complexe, d’autant plus dans ce contexte», a justifié le porte-parole de la chancellerie auprès du quotidien.

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