Le football face au malaise homophobe

Le bras de fer continue. Alors que les instances de football, sur toile de fond politique, s’emploient depuis le début de la saison à éradiquer les expressions homophobes des tribunes, le casse-tête de la lutte contre l’homophobie est loin d’être résolu, à l’image de la rencontre Nice-Marseille, interrompue ce mercredi après de nouveaux incidents.

«Bienvenue au groupe Ineos, à Nice aussi on aime la pédale », «LFP/Instance : des parcages pleins pour des stades plus gay», pouvait-on lire sur les banderoles de la Brigade Sud de Nice, alors que la commission de discipline de la Ligue de football professionnel (LFP) se réunissait au même moment à Paris pour juger 18 cas de chants ou banderoles homophobes dans les tribunes de ses championnats professionnels, la L1 et la L2.

Avant cet épisode, trois matches avaient en effet déjà été interrompus : un match de Ligue 2, Nancy-Le Mans, arrêté quelques minutes par l'arbitre le 16 août, ainsi que les matches de ligue 1 Brest-Reims et Monaco-Nîmes, le week-end dernier.

Un problème politique et sociétal

Depuis le printemps dernier, un match peut être interrompu en cas d'injures selon le règlement de la Ligue des champions. Roxana Maracineanu, ministre des Sports, appuyée par Marlène Schiappa, secrétaire d'Etat en charge de l'égalité femmes-hommes, s'est félicitée de cette nouvelle législation en saluant la fermeté des arbitres.

«On arrêtera les matchs à chaque fois», a déclaré hier sur CNEWS Roxana Maracineanu, la ministre des Sports, qui avait déjà assuré il y a quelques semaines que «l’homophobie et le racisme n’ont leur place ni dans la rue, ni dans les stades».

«Pour moi, la liberté qui compte concernant les supporteurs, c'est plutôt la liberté de se déplacer, de pouvoir supporter leur équipe», avait-elle en outre plaidé ce lundi, en promettant «d'entamer le chantier dès que possible» avec son collègue de l'Intérieur, Christophe Castaner.

De son côté, la secrétaire d'État à l'égalité femmes-hommes, Marlène Schiappa, s'est exprimée ce mercredi sur Twitter en félicitant Clément Turpin, l’arbitre de la rencontre Nice-Marseille, «dont on connaît l'engagement pour le respect dans le foot, d'avoir interrompu le match», et a dénoncé «une banderole homophobe (qui) salit les tribunes».

Une initiative également saluée par la présidente de la LFP, Nathalie Boy de la Tour, «Grâce à la mise en place de cet outil avec une association reconnue, expérimentée et légitime, nous disposerons de nouveaux moyens pour cibler les sanctions», bien que cette dernière avait relativisé les chants homophobes quelques semaines plus tôt dans les colonnes du Parisien, en parlant de «folklore».

Une fermeté mal vécue par les supporters

Si les clubs visés par ces arrêts de jeu prennent part favorablement à la lutte contre l’homophobie dans les stades - «Il ne faut pas laisser passer ce genre de chose», estime l’entraineur du Mans, Richard Déziré - cette fermeté provoque une colère redoublée des ultras, qui dénoncent un faux procès d’homophobie. «Ce qui est fondamental c’est de définir ce qui est homophobe, ce qui est à caractère homophobe, et ce qui est purement injurieux, a estimé sur CNEWS Pierre Barthélemy, avocat de l’Association nationale des supporters.

Quant aux joueurs, ils restent partagés. «On ne va pas arrêter tous les matches chaque fois qu'il y a des débiles qui agissent, sinon on va jamais jouer, c'est n'importe quoi», a réagi de son côté le joueur niçois Wylan Cyprien au micro de Canal Plus. «Depuis la nuit des temps il y a des insultes entre les supporters, ça fait partie du jeu», a-t-il ajouté, précisant qu'il était «contre toutes les discriminations que ce soit les gays, les racistes».

David Cosenza, président du Saturday FC, principal groupe de supporters de Nancy, estime quant à lui sur Twitter que le débat est ailleurs : «Aucune déclaration de notre part ce week-end !! Nous savons ce que nous valons !! On constate simplement qu’encore une fois le débat est ailleurs, hors de question qu’on serve d’exemple et d’être pris en otage !! Liberté pour les ultras !!»

La nécessité d'une pédagogie

D'où la nécessité de mettre en place un dialogue pour sensibiliser les supporters mais aussi définir plus précisément ce qui revêt un caractère homophobe ou non. La présidente de la Ligue de football professionnel (LFP), Nathalie Boy de la Tour, a annoncé sur France Info ce jeudi la tenue d'une réunion le 5 septembre prochain entre des associations de lutte contre l'homophobie et des associations de supporters pour «débattre tous ensemble». «Le football a une responsabilité sociétale, nous devons l'assurer (...) Ce qui était acceptable par la société pendant des années ne l'est plus», a-t-elle conclu.

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