Pourquoi appelle-t-on «Grenelle» une grande concertation ?

L'expression remonte à mai 1968 et doit son origine aux accords de Grenelle. Elle est synonyme, depuis, de négociation réussie [AFP].

Le gouvernement lance, ce mardi 3 septembre, son «Grenelle des violences conjugales». Un vaste débat qui, pendant trois mois, va réunir autour de la table toutes les parties-prenantes afin d'accentuer la lutte contre les féminicides. Mais d'où vient cette expression pour désigner une grande concertation ?

Pour comprendre, il nous faut remonter plus de cinquante ans en arrière. Car ce terme doit son origine aux négociations de Grenelle, du nom de la rue où est situé le Ministère du Travail, et qui ont permis de déboucher sur un protocole d’accord, mettant fin aux événements de mai 68.

Pour mettre un terme à la grave crise sociale que la France traversait à l'époque, une réunion avait ainsi été organisée les 25 et 26 mai 1968 entre des représentants du gouvernement Pompidou, des syndicats et des organisations patronales.

Une table ronde réunie jusqu'au 27 mai de la même année, à l'origine de mesures économiques fortes comme, par exemple, l’augmentation de 35 % du Smig (l'ancien nom du salaire minimum), ou d'une hausse globale de 10 % environ pour les autres salaires.

Un mot synonyme de négociation réussie

De ses origines soixante-huitardes, l’expression «Grenelle» gardera donc une connotation positive, synonyme de négociation réussie.

Quoique relativement tombée en désuétude dans les années 1970, elle retrouvera ensuite un regain de notoriété au cours des années 1980.

Au pouvoir, le gouvernement socialiste multipliera ainsi les «Grenelle». Michel Rocard en organisera notamment un pour les retraites, ou Elisabeth Guigou pour la santé.

Dans les années 2000, l'expression sera à ce point utilisée qu'elle ne concernera plus exclusivement les grandes négociations sociales.

Au moins 150 «Grenelle» depuis organisés

L'exemple le plus illustre en revient sans doute à Nicolas Sarkozy, qui, en 2007, lancera un Grenelle de l'Environnement. Ce dernier donnera son nom à deux lois mettant en oeuvre des mesures évoquées lors des discussions.

Plus anecdotiques, d’autres «Grenelle» ont suivi : Grenelle de l’Insertion en 2007, du très haut débit en 2008, de la Mer en 2009 ou même des ondes en 2009.

Denis Barbet, maître de conférences en science politique à l’IEP de Lyon et auteur de Grenelle, Histoire politique d’un mot, a même entrepris d'en faire un décompte exhaustif.

Paru en 2001, l'ouvrage recensait alors plus de 150 «Grenelle» depuis sa naissance en 1968.

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