Dans un centre d'appels, Emmanuel Macron entend en direct un gendarme refuser d'aider une femme en danger

Les écoutantes du 3919 orientent les femmes en détresse vers des services appropriés ou des associations locales qui pourront les accompagner. [© ERIC FEFERBERG / AFP]

Mardi matin, en prélude à l'ouverture du Grenelle de la lutte contre les violences conjugales, Emmanuel Macron a passé incognito deux heures au 3919, la plateforme téléphonique d'accueil et d'aide aux victimes.

Une immersion dans le quotidien difficile des écoutantes chargées de prendre les appels des femmes en détresse. C'est à cette occasion que le président, coiffé d'un casque double, a assisté à une situation problématique : un gendarme refusant obstinément d'accompagner une femme chez elle pour qu'elle puisse récupérer ses affaires à son domicile, où se trouvait son mari violent.

«Mais c'est votre mission, de porter assistance aux personnes en danger [...] cette dame est menacée de mort, vous attendez qu’elle soit tuée ?», plaide l'écoutante, demandant à ce qu'il ramène l'épouse à son domicile. «Il faut un ordre d'huissier, et ce n'est pas dans le code pénal», refuse le gendarme au téléphone. «Non, il n'y a pas besoin d'un huissier de justice. C'est le droit, pas la justice pénale», lui rétorque-t-elle calmement. Le gendarme ne cédant pas, elle finit par orienter la victime vers une association locale.

Venu sur place incognito, le président n'interviendra jamais malgré son agacement affiché, sauf pour griffonner sur une feuille de papier quelques conseils à l'intention de l'écoutante. «Ça vous arrive souvent ?», lui demandera-t-il après la fin de l'échange. «Oh oui, et de plus en plus. Dimanche, pareil : la gendarmerie a refusé de prendre la plainte d'une dame», explique l'employée du centre d'appels. «Le gendarme n'était pas agressif», poursuit alors le président, «il dit juste qu’il n’y a rien dans le code pénal de prévu [...] C’est un problème de formation et de perception du danger. Pas de décret ni de loi.»

UN COUP DE PROJECTEUR SUR LE 3919

«Même si le contexte du cas évoqué doit être précisé, la prise en charge de cette victime en difficulté apparaît totalement défaillante», a réagi dans la soirée la Direction générale de la gendarmerie nationale (DGGN), annonçant l’ouverture d’une enquête administrative confiée à l’Inspection générale de la gendarmerie nationale (IGGN) «pour déterminer les circonstances de ce manquement».

Grâce au coup de projecteur que lui donne le gouvernement avec le Grenelle, le centre, qui recevait en moyenne 250 appels par jour jusqu'ici, comptait mardi matin déjà 220 appels au cours des deux premières heures et s'attendait à en recevoir 2.000 dans la journée. En prévision de cet afflux, le gouvernement lui a alloué 120.000 euros supplémentaires, après 120.000 déjà l'an dernier, pour lui permettre de recruter plusieurs écoutantes supplémentaires. Une enveloppe jugée très insuffisante par les associations.

La vingtaine d'écoutantes du 3919, qui n'est pas un numéro d'urgence, oriente les appelantes vers des services appropriés ou des associations locales qui pourront les accompagner, par exemple pour leur trouver des hébergements d'urgence. Anonyme et gratuit, le 3919 est ouvert 7 jours sur 7, de 9h à 22h en semaine et de 9h à 18h les week-ends et jours fériés.

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