Ile d'Oléron : la justice autorise le coq Maurice, jugé «trop matinal», à continuer de chanter

Le tribunal correctionnel de Rochefort (Charente-Maritime) a jugé jeudi que le coq Maurice pouvait continuer de chanter, rejetant la plainte des voisins qui l'accusaient de les réveiller dès l'aube, a annoncé à l'AFP Me Julien Papineau, défenseur de la propriétaire du volatile Corinne Fesseau.

«Maurice a gagné (et) les plaignants devront verser à sa propriétaire 1.000 euros de dommages et intérêts», ainsi que le paiement de ses frais de justice, a dit Me Papineau.

 

«On leur a volé dans les plumes»

«Je suis sans voix. On leur a volé dans les plumes. C'est une victoire pour tous les gens dans la même situation que moi. J'espère que cela fera jurisprudence pour eux», s'est félicitée Corinne Fesseau au côté de son avocat devant le tribunal de Rochefort.

«Tout le monde va être protégé derrière : les cloches, les grenouilles...», a-t-elle ajouté, en allusion aux autres querelles de voisinage liées au bruit qui émeuvent depuis quelque temps le monde rural, opposant souvent gens du cru et néo-ruraux. «Pourquoi pas une loi Maurice pour protéger tous les bruits ruraux ?», a-t-elle lancé.

Me Papineau a expliqué que sa victoire tenait notamment au fait «qu'en droit français, il faut faire la preuve d'une nuisance et elle n'a pas été faite».

Ni les plaignants, ni leur défenseur n'étaient présents.

Chaque matin vers 6h30, à Saint-Pierre-d’Oleron, Maurice pousse en effet son chant. Mais ce rituel avait fini par agacer les voisins de Corinne Fesseau, la propriétaire du coq. Et, après plusieurs lettres, ils avaient décidé de porter l'affaire devant la justice.

Initialement programmé le 6 juin, le procès avait été repoussé au 4 juillet, afin que les parties s’entendent durant une éventuelle conciliation. Une procédure exagérée pour madame Fesseau. «Aller en justice pour un coq, c’est bête à dire, mais ça vole bas ! Il y a des sujets plus importants qu’un coq de basse-cour», relevait celle qui est également connue sur l'île d'Oléron en tant que chanteuse.  

«Ils ne viennent que 15 jours par an»

Pour la maîtresse du gallinacé, Maurice dérange seulement le couple de retraités, peu présent durant l'année. «C’est la seule maison où ils se plaignent les gens. Ils ne viennent que 15 jours par an», a affirmé celle qui habite sur l'île depuis 35 ans.

Reprise jusque dans le fameux New York Times, l'affaire est devenue le symbole de la lutte de la ruralité face aux propriétaires de résidences secondaires. «Il y a trop de gens qui viennent en vacances et se plaignent du bruit des vaches, des chiens, des grenouilles, des cloches, ce n'est pas normal, ces bruits étaient là avant eux, ils doivent les accepter», a martelé Corinne Fesseau, qui peut compter sur le soutien des autres habitants. Une marche avait même été organisée dans le village, une pétition avait réuni plus de 117.000 signatures et une page Facebook a compté jusqu'à plusieurs centaines d'adhérents. 

Le maire du village, Christophe Sueur, avait même tenté d'établir un arrêté : «Ici je considère qu’on est dans un tissu rural, le chant du coq fait partie de ces éléments, je protégerai le coq pour défendre notre façon de vivre, tout simplement». Un autre élu, le maire de Gajac (Gironde), avait quant à lui proposé de classer les bruits de la campagne au «patrimoine national» français. 

Les précédents 

Pour rappel, plusieurs affaires similaires avaient déjà eu lieu en France. Parmi celles-ci, l'histoire d'un coq prénommé... Maurice. En 2013, dans la commune de Templeuve-en-Pévèle (Nord), trois poulettes avaient été ajoutées au harem du gallinacé, qui en comptait déjà trois, afin de le calmer. Si les voisins avaient retrouvé le sommeil, Maurice n'avait pas survécu à sa nouvelle situation. Malade, il est mort quelques semaines plus tard rapporte la Voix du Nord.

Le média nordiste recense une autre affaire de coq bruyant quelques rues plus loin. A contre-coeur, le propriétaire avait décidé de se séparer de son animal et de le confier à une amie. 

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