Municipales 2020 : Lille, Marseille, Lyon, Bordeaux... la province aiguise aussi ses couteaux

Maire de Lille depuis dix-huit ans, Martine Aubry, 69 ans, pourrait bien se lancer à la conquête d'un quatrième et ultime mandat. [THOMAS SAMSON / AFP].

Deuxième rendez-vous politique majeur du quinquennat Macron, les élections municipales se tiendront les 15 et 22 mars prochains. Mais si Paris concentre tous les regards, le résultat dans la capitale étant déterminant pour le président et La République en marche, au moins cinq autres villes présentent elles aussi des enjeux importants. Revue de détails.

Marseille : tout le monde veut prendre la place de Jean-Claude Gaudin

Personnage politique de premier plan au niveau national et surtout véritable baron local, le Républicain Jean-Claude Gaudin, 79 ans, ne se représentera pas en mars 2020.

Maire emblématique de la cité phocéenne - élu pour la première fois en 1995 - le «vieux lion», comme on le surnomme parfois en référence à Gaston Defferre, ne rempilera donc pas pour un cinquième mandat.

Pour lui succéder, il soutient néanmoins la candidature de Martine Vassal, la présidente LR du conseil départemental des Bouches-du-Rhône et de la Métropole Aix-Marseille-Provence.

Un avantage dont ne bénéficie pas Bruno Gilles, autre candidat à l'investiture LR à Marseille, et actuel président de la fédération locale.

Pour mémoire, les Républicains avaient réuni une Commission nationale d'investiture pour étudier le cas d'une «quarantaine de villes» en vue des municipales, mais cela ne concernait ni Paris ni Marseille.

Dans la capitale nationale et la capitale provençale, les investitures doivent en effet être tranchées après l'élection interne d'octobre du parti et qui doivent permettre de trouver un successeur à Laurent Wauquiez.

A gauche, la classe politique marseillaise apparaît tout aussi divisée. Sauf surprise, la sénatrice ex-PS Samia Ghali, devrait se porter candidate autour d'un probable rassemblement avec La République en Marche... dont une partie ne verrait pas d'un mauvais oeil une cogestion ville-métropole avec Martine Vassal. 

Dans ce contexte un peu compliqué et empreint de divisions, le sénateur Rassemblement National Stéphane Ravier espère bien tirer son épingle du jeu. D'autant plus qu'il peut s'appuyer sur la très bonne performance de Jordan Bardella, arrivé premier aux Européennes (26 % des suffrages exprimés).

Lyon : Collomb droit dans ses bottes, kimelfeld s'accroche

Dans la capitale des Gaules, la campagne s'annonce aussi très rude entre le maire LREM sortant de Lyon, Gérard Collomb, 72 ans, et revenu de la place Beauvau ; et son ancien poulain David Kimelfeld, 57 ans, ancien socialiste passé lui aussi chez La République en Marche.

Mais attention, petite particularité : les deux hommes ne visent pas la mairie mais la Métropole de Lyon. 

En mars 2020, les habitants de la métropole lyonnaise vont en effet voter deux fois. Une première. Pour leurs maires bien sûr et comme partout ailleurs, mais aussi pour le président de la Métropole.

Concrètement, Gérard Collomb souhaite quitter la mairie pour reprendre le siège de la métropole qu'il avait laissé à David Kimelfeld en partant au ministère de l'Intérieur en mai 2017, et que son ancien adjoint ne lui a pas repris à son retour à Lyon en octobre 2018.

Mais problème : David Kimelfeld compte rester en place et s'est déclaré candidat à l'investiture LREM à la Métropole, cette collectivité constituant le véritable siège du pouvoir lyonnais.

Interrogé mardi 10 septembre sur CNEWS, le patron de La République en marche, Stanislas Guerini, a assuré que la situation serait «très claire» entre les deux hommes, et en a appelé au «rassemblement».

Une solution pourrait résider dans un partage des pouvoirs entre les deux, la mairie pour l'un, la métropole pour l'autre, les deux mandats n'étant pas cumulables. Ce que ni Gérard Collomb, ni David Kimelfeld ne semble à ce stade prêt à accepter.

Lille : Aubry ira, ira pas ?

A Lille, tous les regards se portent sur l'ex-ministre du Travail de Lionel Jospin et actuelle maire de la ville, Martine Aubry.

La question est de savoir si Martine Aubry, 69 ans au moment des municipales et à la tête de la capitale des Flandres depuis dix-huit ans, va se lancer à la conquête d'un quatrième et ultime mandat.

De sources concordantes, la plupart des responsables nordistes s'accordent à dire qu'elle ira bien mener combat, quitte à passer la main en cours de mandat.

En 2014, elle avait pourtant assuré vouloir renoncer. Mais, aujourd'hui, bénéficiant d'un relatif horizon dégagé à droite, elle met en avant la nécessité «d'aider la gauche» et de faire «rempart» à Emmanuel Macron.

D'autant plus que «si elle n'y va pas, c'est simple, Lille est perdu pour le PS», juge un baron socialiste, cité par Le Point.

Pour celle que l'on a surnommée «La Dame des 35 heures», le danger vient surtout du centre, en la personne de Violette Spillebout, son ex-directrice de cabinet, passée sous la bannière LREM.

Si elle a été officiellement investie le 24 juillet dernier par les instances nationales de LREM, Violette Spillebout pourrait toutefois souffrir d'une candidature d'une marcheuse dissidente, celle de Valérie Petit.

Réputée proche du ministre et homme fort de la métropole lilloise (MEL) Gérald Darmanin, Valérie Petit a d'ailleurs longtemps été considérée comme favorite. 

A noter enfin que La France insoumise, qui, lors des législatives de 2017, avait raflé au PS ses deux sièges lillois, compte bien transformer l'essai. En ce sens, LFI devrait aligner l'un des deux députés de la ville, probablement Ugo Bernalicis.

Bordeaux : l'ère de l'après-Juppé

A Bordeaux, Alain Juppé parti pour le Conseil constitutionnel, le maire actuel et dauphin désigné, Nicolas Florian (LR), est aujourd'hui prêt à remettre son poste en jeu sur son seul nom.

Un avertissement qu'il avait lui-même lancé et ce dès son élection par le conseil municipal en mars dernier, lorsqu'il avait proclamé qu'il refusait d'être un «maire d'intérim».

Réputé proche de Valérie Pécresse, l'actuelle présidente de la région Ile-de-France, le nouvel homme fort de Bordeaux, âgé de 50 ans, avait ajouté qu'il comptait, pour remporter le scrutin, rassembler gaullistes, centristes et «ceux qui n'ont pas de carte politique».

Face à lui, Nicolas Florian devra toutefois ferrailler contre le marcheur Thomas Cazenave, actuel délégué interministériel en charge de la réforme de l’État, et désigné par le parti majoritaire.

Mais, fait intéressant, Nicolas Florian reste cependant soutenu par le MoDem de François Bayrou. Bordeaux est ainsi devenu, de fait, le symbole des divergences au centre.

Par ailleurs, être adoubé par Alain Juppé, n'offre pas à Nicolas Florian, la garantie d'être facilement élu, loin s'en faut.

Il devra en effet assumer le bilan en demi-teinte de son mentor : une ville métamorphosée et attractive certes, mais des transports sclérosés, une urbanisation galopante et des prix immobiliers qui flambent.

Une combinaison qui, pour rappel, avait contribué à faire de la capitale girondine un bastion des gilets jaunes.

Grenoble : Eric Piolle veut y croire... carignon aussi

Premier maire écologiste d'une grande ville au lendemain des municipales de 2014, Eric Piolle, 46 ans, avait dès son élection annoncé la couleur, en indiquant qu'il se porterait candidat à un second mandat à la tête de Grenoble.

Mais à l'heure du bilan, sa capacité à être élu une nouvelle fois, en mars 2020, n'est pas clairement établie.

Il devra faire face à la candidature de l’actuelle député LREM de l’Isère, Emilie Chalas, investie en juillet par le parti majoritaire, ainsi qu’au retour de l'insubmersible Alain Carignon, qui, à 70 ans, ne fait plus mystère de ses ambitions.

Maire de Grenoble entre 1986 et 1995, il avait été définitivement condamné en 1996 pour corruption, dans le cadre de l’affaire du marché de l’eau de la ville, à cinq ans de prison et d’inéligibilité.

L’ex-ministre de la Communication du gouvernement Balladur a séjourné en prison au total 29 mois. Un record, toujours à ce jour, pour un homme politique.

Aujourd'hui dépêtré des affaires qui avaient signé sa sortie de la vie politique, il se dit «totalement tourné vers l’avenir.»

Et d'ajouter : «Je suis tellement convaincu que Grenoble mérite un autre départ que rien ne peut m’atteindre. J’accepte la vie telle qu’elle est.» Les Grenoblois trancheront.

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