Jours de grogne sur les retraites

Avocats, pilotes ou encore infirmières battront le pavé ce lundi pour défendre leurs régimes autonomes de retraite. [© Thomas SAMSON / AFP]

Serpent de mer qui a toujours suscité la grogne, la réforme des retraites portée par l’Elysée est plus que jamais en ligne de mire des travailleurs.

Après la grève de la RATP vendredi dernier, c’est au tour des avocats, des pilotes de ligne, des hôtesses de l’air, des médecins, ou encore des infirmières de descendre ce lundi dans la rue pour dénoncer le projet de loi controversé. Alors que celui-ci prévoit de remplacer les 42 régimes actuels par un «système universel» par points, ces professions libérales comptent bien défendre coûte que coûte la préservation de leurs «régimes autonomes».

D’autres mobilisations leur emboîteront ensuite le pas dans les prochains jours. De quoi laisser présager un «septembre noir».

Unis contre le texte

Si Emmanuel Macron réunit ce lundi soir l’ensemble du gouvernement et des élus de la majorité pour faire le point sur la réforme, le Premier ministre, Edouard Philippe, l’a confirmé la semaine dernière : le futur système de retraite «conduira à la disparition des régimes spéciaux et de multiples dérogations qui, à quelques exceptions près, n’ont plus lieu d’être». Une perspective rejetée en bloc par les intéressés, rassemblés sous le collectif SOS Retraites.

Au cœur de leurs préoccupations : le doublement de leur taux de cotisation, que la réforme ferait passer de 14 à 28 %, mais aussi la suppression des caisses de retraite propres à chaque secteur, qui atteignent par exemple deux milliards d’euros pour l’organisme gérant les pensions des avocats. «Ce qui est en jeu, c’est l’avenir de notre profession», résume Christiane Féral-Schuhl, présidente du Conseil national des barreaux. Selon elle, cette mobilisation constitue d’ailleurs une ébauche de convergence des luttes : «Pour la première fois dans l’histoire sociale, nous sommes réunis pour dénoncer un projet de captation de nos retraites.»

Car les libéraux ne sont pas les seuls à protester. Après la journée d’actions annoncée des salariés d’EDF, jeudi, les syndicats prendront le relais de la colère, en défilant ce samedi (FO) et le 24 septembre (CGT et Solidaires) contre cet «enfumage déguisé» qui, dans les faits, fera «100 % de perdants». Quant au mouvement à la RATP, certains envisagent de le poursuivre, en «grève illimitée» cette fois.

Des consultations citoyennes

Pour déminer ce terrain explosif, l’Etat s’emploie à multiplier les mains tendues. Le haut-commissaire à la réforme, Jean-Paul Delevoye, doit ainsi rencontrer les représentants des 42 régimes spéciaux «d’ici au 15 octobre» et les responsables des avocats dès mardi matin, arguant un fonctionnement au cas-par-cas. «Il y a des solutions pour chacune des professions, [avec] des durées de transition adaptées», détaille celui qui siège depuis quinze jours au gouvernement.

En parallèle, des «consultations citoyennes» vont être organisées tout l’automne, via des réunions et une plateforme numérique, tandis que les discussions avec les partenaires sociaux, amorcées il y a deux ans, vont reprendre «jusqu’à décembre» : ce lundi avec le patronat, mercredi avec l’Unsa, jeudi avec la FNSEA... Un calendrier débouchant sur un projet de loi dévoilé «avant les municipales», promet Matignon.

En attendant, ce dernier va devoir surmonter l’obstacle principal : la défiance des Français, alors que, selon un sondage Odoxa, 72% d’entre eux ne pensent pas que l’exécutif proposera une bonne réforme. 

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