Coût, niveau d'études, allocations... 5 idées reçues sur l'immigration

Une embarcation de migrants secourue par des membres des ONG SOS Méditerranée et MSF, le 10 août 2019. [© Anne CHAON / AFP]

Après un débat parlementaire sur le sujet et des polémiques en série, souvent amalgamantes, Matignon doit annoncer ce mercredi vingt mesures pour réformer la politique migratoire française. Cette thématique, souvent épidermique dans l'Hexagone, charrie son lot de fantasmes et de clichés, qui souvent ne résistent pas à l'épreuve des faits. Mise au point.

«La France est envahie par les immigrés»

Immigration «de masse», «submersion» migratoire, théorie du «grand remplacement», vague «incontrôlée»... Nombreux sont les responsables politiques, en particulier à droite, qui brandissent haut et fort une supposée explosion de l'immigration depuis des années.

Or, avec environ 250.000 premiers titres de séjour délivrés en 2018, la France accueille en réalité moins d'immigrés extraeuropéens aujourd'hui que dans les années 1970. De même, la population immigrée prise dans son ensemble a augmenté depuis une quarantaine d'années, sans pour autant exploser : elle représente aujourd'hui 9,3% de la population française, contre 7,4% en 1975.

De même, bien que l'immigration clandestine ne soit pas prise en compte par les statistiques officielles, aucun chiffre ne permet de dire qu'elle a flambé ces dernières décennies. Quant aux détracteurs qui pointent une hausse de la population immigrée en incluant les enfants d'immigrés, ils sont tout simplement dans le tort : nés en France, ces derniers ne sont pas des «immigrés».

Toujours avec le fantasme de l'«invasion», certains pensent aussi que la France accueille plus d'immigrés qu'ailleurs dans l'Union européenne. Là encore, c'est faux : des voisins de taille comparable, de l'Allemagne à l'Italie en passant par le Royaume-Uni, connaissent plus d'immigration que l'Hexagone.

«L'immigration coûte plus qu'elle ne rapporte»

En décembre dernier, un sondage Ifop annonçait que «près des trois quarts des Français considèrent que l'immigration coûte plus à la France qu'elle ne lui rapporte». Or, rien n'est moins sûr.

Selon une étude de chercheurs français publiée dans Science Advances en 2018, les migrants ne sont pas un fardeau économique. Au contraire : ils favorisent une hausse du PIB par habitant, une baisse du chômage et une amélioration du solde des dépenses publiques, via la consommation et les cotisations.

D'après une autre enquête sur le coût de l'immigration, repérée par Les Décodeurs du Monde, «la contribution nette globale de l'immigration au budget de l'Etat [reste] positive» année après année. En effet, les immigrés perçoivent davantage que les natifs en matière de prestations sociales (APL, RSA, allocations...), mais bien moins en matière d'assurances maladie et vieillesse. Basée sur l'année 2010, l'enquête estimait ainsi à 68,4 milliards d'euros les prestations versées aux immigrés, et à 72 milliards leurs cotisations – soit un apport net de plus de 3 milliards d'euros.

Cela dit, toutes les études n'arrivent pas au même résultat, tant il est complexe de chiffrer le rôle de l'immigration sur les finances publiques. Selon un rapport de l'OCDE, si l'impact fiscal est, dans la plupart des pays, nul ou positif, il serait en revanche négatif de 0,3 point de PIB pour la France, notamment du fait du moindre accès des immigrés aux emplois bien payés ou du coût des reconduites à la frontière. Reste que la plupart des économistes s'accordent à dire qu'avec le vieillissement de la population, le recours à l'immigration de travail deviendra de plus en plus nécessaire en Europe.

«Les immigrés volent le travail des français»

Cette assertion sur laquelle prospère l'extrême droite ne repose sur rien ou presque. Comme l'attestait l'OCDE en 2013, «la probabilité que les immigrés accroissent le chômage est faible à court terme et nulle à long terme». Si le chômage est souvent moins répandu dans les régions à forte présence étrangère, c'est tout simplement parce que ce sont les régions les plus dynamiques économiquement.

A noter également qu'un tiers des immigrés en France sont des étudiants, dont la plupart retournent ensuite dans leur pays d'origine. Par ailleurs, en ce qui concerne les demandeurs d'asile, ils n'ont pas le droit de travail, sauf s'ils disposent d'une «autorisation provisoire». Celle-ci, délivrée au bout d'un an sur certains critères, peut être refusée par le préfet en cas de niveau de chômage trop important – ce qui est souvent le cas.

Quant aux étrangers en situation régulière, c'est-à-dire qui disposent d'une carte de séjour, «ils ne prennent pas le travail des Français : ils font le travail que les Français ne veulent pas faire, des métiers durs, aux horaires décalés et à la rémunération faible», explique Pierre Henry, directeur général de l'association France Terre d'asile, à Brut. Soit les métiers dits «3D» : dirty, difficult, dangerous («sale, pénible, dangereux» en français), souligne La Vie, qui rappelle que «même en temps de crise, les nationaux ne prennent pas ces emplois-là».

«Les immigrés sont pauvres et non qualifiés»

Travailleur non qualifié, avec un faible niveau d'études et de revenu : le portrait économique du migrant est tout sauf fidèle. D'après l'Insee, en 2018, plus d'un immigré sur quatre (27%) en âge de travailler en France était ainsi titulaire d'un diplôme de l'enseignement supérieur – soit un taux supérieur aux non-immigrés. Un tiers d'entre eux estimaient même qu'ils étaient trop qualifiés pour leur premier emploi dans l'Hexagone, relève National Geographic.

De même, l'idée selon laquelle les immigrés font partie des plus miséreux est fausse. «Ce ne sont pas les populations des pays les plus pauvres, ceux où l’on gagne en moyenne moins de 1.005 dollars par an et par personne, qui migrent le plus», explique François Héran, démographe et professeur au Collège de France, dans une interview au journal du CNRS. Et pour cause, selon lui : pour migrer, il faut un minimum de moyens.

«Les immigrés touchent davantage d'aides que les Français»

Ou leurs variantes «ils sont mieux logés que les SDF», «ils viennent en France pour se faire soigner avec l'Aide médicale d'Etat»... Autant de polémiques qui tendent à ressurgir dans les discours sur l'immigration alors même qu'elles sont démenties par la réalité des faits.

Si les clandestins n'ont droit à aucun minima social, les demandeurs d'asile peuvent, eux, bénéficier d'une allocation spécifique (ADA) de 207 euros par mois durant tout l'examen de leur dossier – et c'est à peu près tout. Le Français peut quant à lui toucher le RSA (551 euros par mois), l'allocation adulte handicapé (AAH, 860 euros) ou encore l'allocation de solidarité aux personnes âgées (ASPA, 868 euros). L'étranger régulier, lui, peut toucher sous conditions le RSA (s'il a 25 ans et travaille en France depuis cinq ans) et l'ASPA (s'il a plus de 65 ans et réside en France depuis dix ans). De même, en matière d'allocations familiales, les demandeurs d'asile ont droit à 100 euros par mois de plus par personne supplémentaire dans le foyer, tandis que les 4,8 millions de foyers français ont touché en moyenne 207 euros mensuels en 2017.

Sur le plan du logement, les demandeurs d'asile peuvent soit bénéficier d'un logement dans un centre d'accueil spécialisé (les CADA), soit toucher 225 euros par mois s'il n'y a plus de place, détaille Le Monde. Au même titre que les étrangers en situation régulière, les Français sont de leur côté éligibles à différentes aides au logement, peuvent réclamer un logement social, faire valoir leur droit au logement opposable...

Enfin, en matière de protection santé, le sans-papier peut bénéficier de l'Aide médicale d'Etat (AME), pointée du doigt depuis quelques jours, et le demandeur d'asile de la protection universelle maladie (PUMA, ex-CMU), dans la limite des tarifs de la Sécu. Une multitude d'aides certes coûteuses, mais qui restent tantôt moins avantageuses tantôt comparables à ce qu'un Français a droit.

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