Paris : le «double effet Amazon-Airbnb», nouveau phénomène inquiétant pour les petits commerces

Ce phénomène qui monte depuis quelques mois. [© Eric Feferberg / AFP]

Depuis quelques mois, le «double effet Amazon-Airbnb» préoccupe de plus en plus les responsables politiques parisiens. Ce phénomène nouveau menace en effet nombre de petits commerces de la capitale et leurs quartiers.

Concrètement, il s'agit d'un «effet de tenaille» lié aux nouvelles technologies, comme l'a récemment expliqué Jean-Louis Missika, adjoint à l'urbanisme, en marge du conseil de Paris : la concurrence des géants du commerce numérique, tels Amazon, fait baisser l'activité des petites échoppes locales, qui sont donc dévalorisées. En parallèle, la forte rentabilité des meublés touristiques, type Airbnb, suscite un fort intérêt chez les propriétaires ou les investisseurs peu scrupuleux.

Résultat : les locaux commerciaux, que ce soient de simples lieux de stockage ou des magasins en eux-mêmes, sont de plus en plus nombreux à être transformés en hébergements touristiques, notamment dans les quartiers touristiques. Une tendance récente pas encore détectée par la Chambre de commerce et d'industrie (CCI) de Paris – qui se base sur des chiffres datant de trois ans – mais remontée par plusieurs maires d'arrondissements et confirmée par les adjoints à la maire concernés.

«Des artisans ne peuvent plus s'installer»

«Depuis un peu moins d'un an, on commence vraiment à le sentir. On voit des artisans, comme des bouchers ou des boulangers, qui ne peuvent plus s’installer. C'est le cas en particulier dans les zones tendues habituelles, comme certains endroits des 11e et 18e arrondissements et surtout dans le centre de Paris», confirme Olivia Polski, adjointe au commerce. «De nombreux rez-de-chaussée d'immeubles sont notamment touchés dans le 2e arrondissement, dans le quartier du Sentier, qui abrite de nombreux locaux, entrepôts et ateliers textiles», abonde Ian Brossat, adjoint au logement.

Ainsi, pour l’année 2018, quasiment la moitié des dossiers de changement de destination de locaux commerciaux sont dans ce cas, selon la ville. Sur 147 nouveaux hébergements touristiques déclarés, 65 étaient en effet des commerces, soit environ 44 %.

Le problème, c'est que les propriétaires indélicats profitent d'un flou juridique total, qui laisse les autorités municipales sans aucun recours. En effet, il est totalement légal de changer son local commercial en hébergement touristique, puisque dans le Plan local d'urbanisme (PLU), les deux appartiennent à la même catégorie dite «activité économique».

Pire : ces nouveaux meublés touristiques, qui ne sont donc pas des logements, échappent à la législation sur Airbnb. Ils peuvent donc dépasser sans problème les 120 nuitées autorisées par an pour ce type de plateformes.

«Il n'y a absolument aucune règle. On commence à assister à des choses de plus en plus scandaleuses, comme des 'dortoirs à touristes coréens', où 30 personnes sont entassées dans un local sur des lits superposés», déplore Jean-Louis Missika.

Un vote des élus et une lettre au ministre

«Il ne s'agit même pas d'un problème de nombre de contrôleurs de la ville de Paris, car les personnes ne sont pas en infraction. C'est que nous n'avons pas la possibilité légale de lutter», soupire Ian Brossat. Et l'adjoint de préciser : «les seules solutions consistent donc à modifier le PLU, ce qui prend plusieurs années, ou bien à vite changer le cadre juridique». Il s'agirait alors de donner davantage de pouvoir aux villes, pour contrôler cette pratique, voire interdire Airbnb dans certains quartiers.

Un vœu en ce sens a ainsi été voté par les élus au conseil de Paris d'octobre la semaine dernière, tandis que Ian Brossat a fait parvenir une lettre au ministre de la Ville et du Logement, Julien Denormandie. Un courier envoyé en juin, et resté sans réponse pour l'instant.

«L'artisanat est le premier employeur de France. Mais il ne s'agit pas juste de l'activité économique. Cela a des conséquences sur les villes, sur la population, le paysage urbain, le lien social. Le jour où il n'y aura plus de commerces, les rues seront différentes», avertit Olivia Polski.

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