Suicides, agressions, violences... des profs en souffrance

Pris pour cible, épuisés, pas écoutés…Les enseignants exigent des mesures concrètes pour éviter d’autres drames similaires à celui de Christine Renon. [Photo d'illustration / THOMAS SAMSON / AFP].

L’abcès est crevé. Le suicide de Christine Renon, directrice de maternelle, dans son école à Pantin (Seine-Saint-Denis), le 21 septembre dernier, a fait l’effet d’un électrochoc. Quelques jours plus tard, de nombreux professeurs et parents d’élèves ont ainsi défilé, partout en France, pour alerter sur une école «à bout de souffle».

Le drame a aussi poussé, ce week-end, le fils d’un professeur du Puy-de-Dôme à révéler le suicide de son père survenu en septembre dans des circonstances similaires.

Avec, dans cette affaire également, un courrier mettant en cause l’Education nationale. Des cas certes extrêmes, mais qui illustrent le malaise profond qui règne au sein de l’institution, déjà confrontée à des actes de violences récurrents.

Une colère, plusieurs racines

«Je me suis réveillée épouvantablement fatiguée» : c’est par ces mots que commence l’ultime lettre de Christine Renon, envoyée à son inspection d’académie et rendue publique.

Elle y dénonçait la solitude des directeurs d’école face à des tâches «chronophages» et pour lesquelles les enseignants ne sont pas toujours formés. Des griefs partagés par de nombreux autres profs.

Outre un manque chronique de moyens, ils disent avoir le plus grand mal à mettre en place des réformes qui s’enchaînent à un rythme effréné.

Depuis deux ans, avec la prise de fonctions de Jean-Michel Blanquer au ministère de l’Education, ont en effet été introduites la loi sur l’école de la confiance ou encore la réforme du lycée. Des chambardements qui, sur le terrain, sont souvent mal perçus.

Les enseignants leur reprochent même de faire perdre une certaine cohérence à leur métier. «Ce n’est pas le travail en soi qui est gênant, c’est le fait de ne pas comprendre pourquoi on le fait», résumait récemment une directrice d’école, citée par Le Monde.

Cet état d’épuisement et de stress est aggravé, de façon alarmante, par la multiplication des violences contre les enseignants. Insultes, menaces ou même des coups… D’après la Fédération des autonomes de solidarité laïque (FAS), qui établit chaque année un baromètre sur le sujet, ces violences ont d’ailleurs progressé de 7 % entre 2017 et 2018.

Plusieurs vidéos relayées sur les réseaux sociaux, comme les menaces de morts proférées contre une professeure des écoles dans l’Hérault ou une autre montrant un professeur d’EPS de Sarcelles (Val-d’Oise) aux prises avec un élève violent, illustrent à quel point un métier autrefois prestigieux est devenu éprouvant.

L’institution taxée d’immobilisme

Au-delà de cette crise, le monde enseignant se dit surtout déçu des solutions avancées par le ministère. Après le suicide de Christine Renon, Jean-Michel Blanquer a ainsi annoncé la création d’un «comité de suivi».

Une réponse jugée décevante par les intéressés, à l’image du plan contre les violences scolaires. Annoncé à la rentrée, il a mis en place des mesures qualifiées de mineures, comme le renforcement de patrouilles de police aux abords de certains établissements.

La récente déclaration d’Emmanuel Macron, selon laquelle il «n’aime pas le mot pénibilité parce que ça donne le sentiment que le travail, c’est pénible» a, en dernier lieu, été mal perçue par des professeurs plus que jamais à fleur de peau.

Pas de quoi rassurer une profession désespérée. 

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