Travail : la discrimination des personnes laides inquiète le Défenseur des droits

Jacques Toubon regrette que la discrimination sur le physique soit négligée en entreprise.[JOHN THYS / AFP]

«Mieux vaut tête bien faite que tête bien pleine», disait Montaigne dans ses Essais, à la fin du 16e siècle. Une affirmation toujours aussi vraie de nos jours, si l’on en croit le Défenseur des droits, qui s’inquiète des discriminations fondées sur l'apparence physique dans le monde du travail.

Jacques Toubon se désole que celles-ci sont trop souvent acceptées par les recruteurs comme par les victimes. Alors que, «selon plusieurs études et sondages, l'apparence physique est devenue l'un des critères les plus fréquents de discrimination», il constate que «le sujet est négligé» et «le contentieux très faible», car «la prise en compte de l'apparence est intégrée comme allant de soi» dans le monde du travail.

La prise en compte de ces discriminations «est complexe à appréhender» dans la mesure où «les victimes ont du mal à rapporter la preuve d'avoir été discriminées». Les associations, en dehors de celles relatives à la grossophobie, «portent peu ces sujets» dans le débat, analyse-t-il. 

«le poids des apparences est considérable»

Pourtant, selon le baromètre réalisé en 2016 par le Défenseur des droits et l'Organisation internationale du travail, l'apparence physique est le deuxième critère de discrimination cité par les demandeurs d'emploi dans leur accès à l'emploi (29% pour les femmes et 20% pour les hommes). Selon certaines études, «les salariés jugés 'beaux', perçoivent des salaires en moyenne 12% plus élevés» alors qu'à l'inverse, les personnes «au physique jugé disgracieux» ont des salaires inférieurs de 11 à 15%, les femmes subissant davantage cette discrimination. 

«Dans notre société pétrie d'images, le poids des apparences est considérable», résume Jacques Toubon. Selon un sondage réalisé pour le Medef en 2018, que l'on soit en contact de la clientèle ou non, le look (70%/45%), la beauté (43%/28%) et le poids (43%/24%) «sont considérés comme importants en matière professionnelle».

le cadre réglementaire rappelé aux employeurs

Aussi le Défenseur des droits a-t-il jugé nécessaire de publier une «décision-cadre» dans laquelle il rappelle le cadre règlementaire concernant cinq domaines de discriminations : l'obésité et la grossophobie, les tenues vestimentaires, la coiffure, le port de la barbe et les tatouages et piercing. 

Les employeurs doivent ainsi veiller à consigner expressément dans les documents écrits (règlement intérieur, contrat, note de service, etc.) les contraintes éventuelles de présentation et de tenue vestimentaires justifiées par la nature de l’emploi ; à prévenir et à sanctionner toute discrimination et tout fait de harcèlement fondé sur l'apparence physique ; et enfin à former leurs personnels aux droits et liberté des salariés.

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