«Attaque» ou «attentat» ? Quand les politiques hésitent sur le terme à employer

Emmanuel Macron a lui-même évoqué des attaques. [GAIZKA IROZ / AFP]

Pour évoquer les tirs qui ont fait deux blessés graves devant une mosquée de Bayonne, lundi 28 octobre, les politiques n'emploient pas tous le même terme.

Le président de la République Emmanuel Macron a parlé «d'attaque», un mot repris par la grande majorité de la classe politique et des médias. Le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner, lui, a simplement parlé de «faits commis».

De son côté, la présidente du Rassemblement national Marine Le Pen a tweeté en parlant «d'attentat». Un terme qui n'a toutefois pas été repris par le communiqué officiel du RN, publié plus tard.

Lundi, le chef de file de la France Insoumise Jean-Luc Mélenchon regrettait qu'«un fou (ait) tiré devant une mosquée», avant d'employer le mot «attentat» ce mardi sur Twitter.

Des politiques plus «centraux» ont aussi parlé «d'attentat», à l'instar de Benoît Hamon, fondateur de Génération.s, ou de Jean-Christophe Lagarde, le président de l'UDI.

Quelle définition pour «l'attentat» ?

Car si chaque personnalité politique emploie le vocabulaire qui l'arrange suivant son agenda et ses intêrets propres, la diversité des termes montre que dans les faits, établir s'il s'agit d'une «attaque» ou d'un «attentat» est loin d'être simple.

En s'inspirant en grande partie de l’article 412-1 du code pénal, le Larousse définit un «attentat» comme une «atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation, un acte de violence de nature à mettre en péril les institutions de la République ou l’intégrité du territoire national».

Interrogé en décembre 2018 par Franceinfo, le chercheur à l'Iris François-Bernard Huyghe avançait que l’attentat a pour objectif de «déstabiliser la société dans le but d’imposer une certaine idéologie». Deux ans plutôt, auprès de Libération, il précisait que «c’est l’ambition politique qui fait l’attentat».

En d’autres termes, l’attaque doit s’accompagner d’une dimension politique, idéologique. A noter que l’attentat peut aussi être considéré comme tel même s'il n'y a pas de mort, comme le rappelle un article de Libération publié en 2016.

l'enquête, clé pour statuer sur les motifs

Mais si la définition de «l'attentat» semble claire, il est souvent nettement plus difficile de définir les motivations réelles des auteurs de ce type d'actes. Surtout pour des individus parfois instables psychologiquement. Ce qui implique donc des enquêtes plus ou moins longues, avec l'appui d'experts.

Mais dans le même temps, les politiques ont tendance à communiquer rapidement (ou sont pressés de le faire), sans attendre les conclusions de la justice. C'est le cas avec l'acte de l'homme de 84 ans ce lundi à la mosquée de Bayonne, mais aussi après «l'attentat» à la préfecture de police de Paris le 3 octobre dernier.

Si le parquet national antiterroriste a bien été saisi, l'enquête ne semble pour l'instant pas pouvoir trancher sur les intentions de Mickaël Harpon, entre la thèse de l'attentat islamiste ou le coup de folie solitaire. Ses proches ont été relâchés, aucune organisation terroriste n'a fait de revendication et ses liens avec Daesh n'ont pas été prouvés.

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