Municipales : pourquoi la perspective de listes communautaires inquiète

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A l'occasion du scrutin des municipales de mars 2020, certaines listes communautaires suscitent l'inquiétude. [Photo d'illustration / JEFF PACHOUD / AFP].

Après avoir déjà suscité la méfiance et une certaine polémique lors des élections européennes de mai dernier, la question des listes communautaires ressurgit à mesure que se profilent les municipales de mars prochain.

L'Union des Démocrates Musulmans Français (L'UDMF), qui prévoit de présenter à elle seule une cinquantaine de ces listes, cristallise les inquiétudes. Au point que certains élus veulent légiférer.

Fondé en 2012, l'UDMF, présidé par Nagib Azergui, est un parti qui se positionne à gauche sur l'échiquier politique. Se définissant comme «anticolonialiste, antisioniste et anti-impérialiste», ce nouveau venu dans le paysage politique français explique vouloir lutter contre l'islamophobie.

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Un parti qui dit vouloir défendre à la fois les musulmans et la laïcité

De fait, l'UDMF a érigé la défense des musulmans en pierre angulaire de son programme. Elle formule des propositions notamment sur le halal ou encore sur l'enseignement de la langue arabe en France, tout en regrettant au passage l'interdiction du port du voile dans les écoles publiques.

Des préceptes qui, reconnaît Nagib Azergui lui-même, suscitent «des réactions contrastées et souvent hostiles». Pour autant, l'Union des Démocrates Musulmans Français se défend de toute velléité communautariste, quitte à clamer haut et fort la défense de la «laïcité».

Pour ce faire, le parti se compare ainsi notamment au Parti chrétien-démocrate (PCD) de Christine Boutin et dirigé aujourd'hui par Jean-Frédéric Poisson.

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Une comparaison avec le Parti chrétien-démocrate qui ne tient pas

Un argument toutefois rejeté en bloc par ce dernier, comme il s'en était justement expliqué, en mai 2019, dans une tribune publiée dans le mensuel Causeur. «Le PCD ne représente pas l’intérêt des chrétiens mais défend, au bénéfice de tous, une certaine idée de la dignité humaine inspirée de la pensée chrétienne», écrivait notamment Jean-Frédéric Poisson.

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Un avis que partage également Sophie de Peyret, spécialiste du monde arabo-musulman et islamologue à l'Institut Thomas More, qui, dans L'Express, ajoute que «les combats que veut mener l'UDMF s'adressent exclusivement à la communauté musulmane». Ce qui, selon elle, en fait bien un parti communautaire.

La spécialiste estime que l'UDMF n'est ni haineux, ni diffamatoire, mais s'étonne de la validation obtenue par cette liste – de par sa nature exclusive –, même si elle reconnaît «qu'aucun critère ne justifie juridiquement de l'en empêcher».

Le risque de voir émerger un «islam politique» pour l'opposition de droite

Pointant le risque de voir émerger un «islam politique» en France, l'opposition de Droite est à la manoeuvre depuis plusieurs semaines. Elle entend bien modifier les textes pour, potentiellement, empêcher l'UDMF de présenter ses listes.

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Le président du groupe LR au Sénat a ainsi annoncé, dimanche 20 octobre, vouloir prochainement déposer une «proposition de loi pour contrer ce qui est une forme de sécession».

Réinterrogé à ce sujet dix jours plus tard sur Europe 1, Bruno Retailleau a estimé qu'il fallait même  «agir sans attendre» car des listes portées par des élus «communautaire (...) peuvent gagner dans certaines villes». La proposition de loi qu'il défend devrait, a-t-il ajouté, être déposée «dans les prochains jours».

Une telle interdiction est écartée par le gouvernement, mais il semble qu'il ait quelque peu revu sa position sur le sujet.

Ainsi, bien que la probabilité d’élection de maires «communautaristes» soit faible, Emmanuel Macron a récemment promis des mesures en cas de victoire d'un maire étiqueté comme tel.

Toujours selon Europe 1, en cas de doutes sur un maire, l’une des pistes envisagées serait de faire contrôler systématiquement ses arrêtés par le préfet pour vérifier qu’ils sont légaux.

Un parti qui avait appelé à «un grand remplacement» dans les urnes

Pour mémoire, l’UDMF n’en est pas à son coup d’essai concernant les municipales. En 2014, le parti avait notamment fait élire un conseiller à Bobigny, en Seine-Saint-Denis, après avoir rallié la liste de Stéphane de Paoli (UDI).

Il avait ensuite présenté, sans succès, des candidats aux départementales et aux régionales de 2015, puis aux législatives de 2017 et aux européennes de mai dernier. Leur liste baptisée «Une Europe au service des peuples» n’avait alors obtenu que 0,13 % des suffrages.

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Sur le fond, la présence de listes UDMF – comme certaines autres – paraît plutôt anecdotique. Mais son projet politique difficile à saisir, allié à un vocabulaire parfois choc, suscite chez ses opposants une certaine inquiétude et des demandes d'interdiction.

A cet égard, les adversaires de Nagib Azergui rappellent volontiers son côté provocateur. Le président de l'UDMF avait notamment, aux dernières européennes, appelé à «un grand remplacement dans les urnes mais aussi de la classe politique», se défendant toutefois d'adopter la thèse xénophobe du même nom.

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