Des annonces fortes d'Edouard Philippe attendues en Seine-Saint-Denis, département «discriminé»

Les élus de Seine-Saint-Denis, département qu'ils jugent «discriminé» notamment en matière de police, justice et éducation, attendent «des annonces fortes» du Premier ministre qui doit dévoiler ce jeudi 31 octobre des mesures pour le département le plus pauvre de France.

En Seine-Saint-Denis, les élus font le «constat implacable qu'il existe une rupture d'égalité républicaine», abonde Stéphane Peu, député PCF: «On donne moins par habitant pour la justice, pour la police et encore moins pour l'éducation».

Pressé d'agir, le Premier ministre Édouard Philippe avait promis il y a plus d'un an d'«adapter l'action» de l'Etat aux enjeux du département et avait chargé le préfet de coordonner des groupes de travail. Il a donné rendez-vous jeudi matin à la préfecture de Seine-Saint-Denis, à Bobigny, aux élus du département.

Une vingtaine de mesures annoncées ?

Selon une source au sein de l'exécutif, une série de 27 mesures seront annoncées. Parmi les décisions phares, une prime pour fidéliser les fonctionnaires, l'annonce de policiers supplémentaires, l'aménagement de la sous-préfecture de Saint-Denis, la rénovation des commissariats d'Aulnay-sous-Bois et Epinay. Des crédits supplémentaires seront aussi alloués aux établissements de santé.

Par ailleurs, un comité interministériel pour les Jeux olympiques, qui se tiendra le lundi 4 novembre, devrait donner lieu à l'annonce d'emplois pour les jeunes du territoire.

Jean-Christophe Lagarde réclame de son côté «une amélioration des salaires à hauteur de 200-250 euros» pour les fonctionnaires. «Il faut aussi s'occuper de leurs logements, beaucoup vivent dans des colocs ou dans des chambres d'étudiants, c'est inacceptable», estime l'ancien maire de Drancy.

Pour Stéphane Troussel, président PS du Conseil départemental de Seine-Saint-Denis, «la balle est dans le camp du gouvernement. Il faut envoyer ce jeudi un message fort aux quartiers populaires après l'échec du plan Borloo». Ce projet ambitieux avait été enterré par Emmanuel Macron, lui préférant une quarantaine d'actions concrètes.

Un département sous-doté par rapport aux autres

Pas suffisant pour les élus de Seine-Saint-Denis, qui dénoncent l'inégalité de traitement de l'Etat, en se fondant sur un rapport parlementaire de mai 2018 intitulé «La République en échec», dirigé par deux députés extérieurs au département.

École, justice, police, le constat dressé était partout le même : malgré les plans gouvernementaux successifs, la Seine-Saint-Denis reste sous-dotée comparée aux autres département de France. Le rapport met en lumière une série d'inégalités, avec notamment des fonctionnaires moins nombreux et moins expérimentés qu'ailleurs.

En matière de sécurité, des communes comme Bondy et Stains avaient moins d'un policier pour 400 habitants, avec un taux de délinquance (nombre de faits constatés pour 1.000 habitants) supérieur à 100% alors que le 18e arrondissement de Paris, moins criminogène, bénéficie d'un policier pour 315 habitants, selon le rapport. En termes de justice, les délais d'audiencement au tribunal d'instance à Aubervilliers sont de douze mois contre deux mois à Paris et le traitement des affaires est de 8,6 mois contre 4,4.    

Sur le volet éducatif, un élève de Seine-Saint-Denis perd en moyenne un an sur l'ensemble de sa scolarisation en raison de la difficulté à remplacer les professeurs absents et 49,5% des enseignants du secondaire restent moins de deux ans dans leur établissement.        

«Des preuves d'amour»

Devant cette «rupture d'égalité», les maires de Saint-Denis, Stains, l'Ile-Saint-Denis, Aubervilliers et Bondy ont déposé un recours contre l'Etat pour demander réparation.

«Le '93' est un territoire de forts contrastes entre des sièges sociaux flamboyants et une pauvreté réelle, entre une démographie dynamique et jeune et des problèmes sociaux et économiques endémiques», analyse François Cornut-Gentille, député LR, auteur du rapport.

«L'attente des élus est forte, pour la première fois, il y a un travail et une mobilisation de toutes les forces locales», estime l'élu de la Haute-Marne. Stéphane Troussel réclame «des preuves d'amour pour la Seine-Saint-Denis», en soulignant : «Le président de la République a dit que c'est la Californie !».

À suivre aussi

Ailleurs sur le web

Derniers articles