Les 5 défis qui attendent le nouveau patron de la SNCF, Jean-Pierre Farandou

L'ingénieur et patron d'industrie Jean-Pierre Farandou va devoir prendre en marche un train lancé à pleine vitesse en succédant, ce vendredi, à Guillaume Pepy à la tête d'une SNCF sous haute tension.

Eteindre le mouvement de grève

«Il n'y a pas de crise sociale à la SNCF», martelait encore Guillaume Pepy mercredi. Son mandat s'achève pourtant dans une période de turbulences, une grève sauvage dans le centre de maintenance des TGV Atlantique ayant succédé à des arrêts de travail – au nom de la sécurité – après l'accident d'un TER dans les Ardennes.

Alors que la réforme ferroviaire, adoptée en juin 2018 malgré une longue grève, a laissé les salariés amers, le texte prévoit notamment que le groupe public n'embauchera plus au statut de cheminot à partir du 1er janvier 2020. Le nouveau cadre contractuel reste à négocier, de même que la convention collective du ferroviaire.

Quel que soit le statut des agents, la direction veut aussi encourager la polyvalence des métiers, rendre l'organisation du travail plus souple, mieux utiliser les matériels, décentraliser le management... Elle veut définir un «pacte d'entreprise» avec des syndicats qui mobilisent déjà pour la grève du 5 décembre contre la réforme des retraites.

Faire fonctionner la «nouvelle» SNCF

Aujourd'hui «établissement public à caractère industriel et commercial», la SNCF deviendra au 1er janvier 2020 une «société anonyme à capitaux publics». Résultat, Jean-Pierre Farandou va donc devoir préparer l'arrivée de la concurrence – à savoir des acteurs privés qui vont pouvoir utiliser le réseau ferroviaire de la SNCF et proposer aux usagers de nouvelles offres de transport.

Compte tenu du délai des procédures, les premiers «trains de la concurrence» ne devraient toutefois pas rouler avant fin 2020 pour les TGV, et courant 2021 pour les Intercités et TER.

Imposer des milliards d'économies

Contrepartie de la reprise de 35 milliards d'euros de la dette de SNCF Réseau (sur plus de 50 milliards à la mi-2019), le gouvernement exige de la SNCF qu'elle soit plus efficace et fasse de sérieuses économies pour réduire fortement un écart de compétitivité estimé à près de 30% par rapport aux principaux concurrents.

Le groupe va donc devoir être bien plus performant, et il n'est pas question qu'il s'endette (trop) à nouveau... «Il y a quand même un plan d'austérité comme la boîte n'en a jamais connu. Ça va être très difficile!», résume un haut responsable.

Poursuivre la rénovation du réseau

Alors qu'un récent rapport de l'ESPF, le gendarme du ferroviaire, alertait sur les défauts matériels de certaines lignes (défauts de signalisation, boulons manquants, retards de réparation...), la SNCF va devoir poursuivre la rénovation de son réseau, en mettant l'accent sur la sécurité des opérations.

Elle a pour ce faire l'appui de l'Etat, à condition que les financements publics suivent. La compagnie devra aussi gérer l'épineux dossier des «petites lignes», longtemps délaissées et dont le piètre état exige de lourds investissements pour y maintenir une circulation ferroviaire.

Retisser le lien avec les clients

Si Guillaume Pepy part sur de bons résultats commerciaux, son successeur devra s'employer à arrondir les angles avec des clients parfois perdus. Guichets fermés, cartes de réduction à géométrie variable selon les régions, différences de tarification, mauvaises surprises sur le site oui.sncf, suppressions de trains, insuffisance de certaines dessertes, information des voyageurs... Les sujets de récrimination de manquent pas, notamment de la part d'élus dépités et d'associations d'usagers très actives sur les réseaux sociaux.

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